Dimanche 6 décembre 2009 7 06 12 2009 00:38

A l’heure ou tous les libanais se félicitent d’avoir enfin un gouvernement d’union nationale et ou les alliés internationaux des différentes factions feignent d’y voir une marque de démocratie, les leaders politiques et religieux du pays réaffirment leur mépris pour la démocratie et leur attachement a la clanocratie. De fait, comme toujours, au terme de négociations serrées, chaque clan a obtenu sa part de gâteau dans le partage des postes ministériels. (L’analogie avec les négociations des tribus pakistanaises avec l’Etat central mériterait d’être approfondie). Mais surtout, il est notable que la proposition de Nabih Berry, Président du Parlement et leader du mouvement AMAL, de création d’une commission chargée de réfléchir sur l'abolition du confessionnalisme politique au Liban, ait fait réagir tous ceux qui craignent de perdre leur pouvoir ou qui défendent celui de leurs amis. Ainsi, au lieu d’accepter la discussion (en commission parlementaire) sur ce sujet sensible comme le préconiserait un véritable état d’esprit démocratique, le Président de la République, le Patriarche et le Mufti de la République l’ont aussitôt fustigée…. Ce faisant, chacun sort de son rôle… Le premier (le Président Sleimane), prônant l’immobilisme absolu, a feint de ne pas entendre l’appel au débat en rappelant que pour lui, une déconfessionnalisation politique doit respecter le principe de la parité entre chrétiens et musulmans au Parlement… Le second (le patriarche Sfeir), tout aussi lâche, ne cesse de répéter que l'abandon des règles communautaristes dans la vie politique dépend d'un changement des mentalités et de l'apparition d'une culture politique nationale non confessionnelle (auxquels évidemment il ne veut pas contribuer). Le cheikh Mohammad Rachid Kabbani (Mufti) a alors eu beau jeu de leur emboiter le pas (L’Orient Le Jour, 5-12-2009).

Le pire, c’est que Nabih BERRY est bien seul sur la base de son audacieuse proposition car même ses alliés du « 8 Mars » (Courant Patriotique Libre et Hezbollah) le mettent en porte-à-faux par leurs actes symboliques. Est-ce, en effet, un hasard si au même moment, le General Aoun qui se voulait autrefois apôtre de la laïcité au Liban, rend selon ses dires « une visite historique » au patriarche Sfeir comme pour se faire adouber ? Quand au Hezbollah dont on se doute bien qu’il adhère aux principes confessionalistes, on peut relire la production de sa nouvelle charte politique qui exprime son ancrage dans la vie politique libanaise et son engagement à respecter les principes qui la régissent aujourd’hui, comme un blanc-seing donné aux autres composantes confessionalistes du pays. Nabih BERRY serait-il le seul à interroger le communautarisme au Liban ? Quel paradoxe pour ce pays dans lequel presque tout le monde convient que le confessionnalisme est la cause-racine de tous les maux ! Quel paradoxe qu’il ne soit possible d’espérer que cela change alors même que le leader du mouvement Amal (espoir) y exhortait au prix de contradictions certaines par rapport à ses positions ou à  ses actions passées (nul n’oublie, en effet, les engagements confessionnalistes des milices d’AMAL au cours des années de guerre civile, ni le fait qu’au motif du confessionnalisme et de son grand sens politique, Nabih Berry a pu bénéficier de son poste de Président du parlement et favoriser tant et tant de membres de sa « communauté » en quête de postes dans les sphères ou s’appliquent les quotas...) !  Ceci dit, nul doute, ce qui prouve sa subtilité politique, que l’homme ait pu évoluer et qu’une affirmation déconfessionnalisée puisse constituer une stratégie de différenciation crédible pour son mouvement vis-à-vis du Hezbollah avec qui il est en concurrence. En outre, en proposant une commission de travail sur la question, il est fidele à Moussa Sadr (fondateur du mouvement Amal) sur la forme (la réflexion et le dialogue) comme sur le fond (l’utopie de Moussa Sadr de faire parvenir le Liban au stade  d’Etat des croyants dans lequel l’affirmation communautaire ne serait plus nécessaire…)

Finalement, bien que situés au cœur d’un Moyen-Orient incertain, et sauf à redonner vie à l’utopie de Moussa Sadr (vecteur d’espérance comme toutes les utopies) ou à en créer une autre (ce qui de notre point de vue, compte tenu de la paresse des libanais et de leurs leaders, s’avère peu vraisemblable), les libanais ont une certitude depuis plus de trente ans : leur vie politique et ses méfaits ne changeront jamais… Ils en sont toutefois responsables et ne peuvent (comme ils le font trop souvent) accuser les ingérences extérieures… Vive la clanocratie…

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 11 2009 23:26

Après plus de quatre mois de négociation qui ne les ont pas empêchés de prendre des vacances, on apprend que les leaders politiques libanais semblent enfin s’être accordés sur la constitution du gouvernement d’union nationale et que celle-ci serait imminente. On peut certes se réjouir de ce qu’ils soient finalement parvenus à  s’entendre. Pourtant, le temps qu’ils ont mis pour y parvenir devrait appeler chacun d’eux à la modestie. Heureusement pour les libanais, pendant ces mois de carence gouvernementale, le pays a continué de tourner. Au fond, le Liban fonctionne aussi bien qu’il y ait un gouvernement ou non car dans le système politico-confessionnel libanais, hormis une forte fonction symbolique,  le gouvernement ne sert à rien. La fonction symbolique permet à chaque communauté et tribus d’être reconnue ce qui constitue le ciment fragile de l’existence de l’entité libanaise et qui explique la longueur des tractations.  Mais pour la même raison, le partage des ministères obéit davantage à la logique des « équilibres » entre communautés qu’à une logique réformatrice, programmatique ou de compétence. Chaque parti cherche à obtenir un portefeuille qui lui fasse honneur. Mais du fait même que quel que soit le résultat des élections, majorité et minorité électorales siégeront au gouvernement, ni les uns ni les autres n’ont vraiment de stratégie pour le pays. Les ministres libanais ont donc davantage vocation à être des notables, porteurs au sein du gouvernement, des intérêts de leur communauté, qu’à être des hommes de réforme ou de projet pour le pays. Le mode de constitution du gouvernement est d’ailleurs, pour le moins, révélateur. Samedi, les informations qui filtraient de tous les partis admettaient qu’ils s’étaient mis d’accord sur la répartition des portefeuilles par parti (par exemple : l’Education Nationale et l’Ecologie pour les Kataeb, l’Energie et le Tourisme pour le Courant Patriotique Libre, etc.) et qu’il ne restait plus qu’un « détail » à régler: convenir du nom de chaque ministre.  En bonne intelligence, on peut  penser que ce « détail » eut été prioritaire dans une logique de compétence. Dans ces conditions, que doivent espérer les libanais de leur futur gouvernement ? Pourront-ils se convaincre que pour chaque ministère, on a « the right man at the right place » ?  Ou au contraire, en observant leurs fiers gouvernants, devront-ils méditer la parabole évangélique des « serviteurs de l’inutile » ?

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 11 2009 10:39

Autrefois, au lendemain d’une guerre, on fondait les canons pour en faire des statues dédiées à la Vierge-Marie ou aux divinités afin d’implorer leur pardon et de s’en remettre à l’Altérite pour que l’atrocité guerrière ne se reproduise pas. C’est ainsi que la majestueuse et sublime statue de Notre Dame de France a été érigée au Puy-en-Velay au sommet du rocher Corneille par le sculpteur Jean-Marie Bonassieux à partir des 213 canons pris à la bataille de Sébastopol.

Aujourd’hui, au lendemain des nouvelles manifestations de l’horreur absolu, on fond les ruines d’aciers pour en faire de nouveaux canons. C’est ainsi que la plupart des new-yorkais s’extasient devant le nouveau navire de guerre « USS New-York » bâti à partir de l’acier des tours du World Trade Center. L’esprit implicite de vengeance ou de revanche prend ainsi le pas sur celui du pardon. Le contraste est saisissant. Aussi, faut-il souligner le courage des prophètes de notre temps qui détonnent par rapport à cette folie guerrière et qui sont héritiers de nos aïeux. Ghassan Tueni dont l’ouvrage « Enterrer la haine et la vengeance, un destin libanais » vient de sortir chez Albin-Michel, est de ceux-là. Il y raconte notamment comment après l’assassinat odieux de son fils député, il a été comme poussé intérieurement à appeler au pardon autant qu’a la justice lors des obsèques dans la cathédrale St Georges. Par son message et en vertu de ce qu’il incarnait pour les libanais, il a, de fait posé un signal contributeur de paix au même titre que les 110 tonnes de fonte sculptés amoureusement par Jean-Marie Bonassieux 150 ans plus tôt. Il n’est, de ce fait, pas étonnant pour nous, que Ghassan Tueni commence son livre en rapportant son émotion devant la madone de Gentile de Fabriano. C’est comme un signe de connivence avec Bonassieux face aux tristes signes des temps qu’incarne le baptême de « l’USS-New-York ». 

 

Thierry LEVY-TADJINE, Auteur de « Témoin au Liban avec le Hezbollah », L’Harmattan, 2008.

thierrylevy@usek.edu.lb

 

 

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 10 2009 17:26

Je me suis suffisament fait l’écho dans ces lignes pour dénoncer la politique discriminatoire de l’Etat Libanais dans le fait que la femme ne transmet ni la nationalité, ni le droit de séjour à son mari etranger (sauf si ce dernier renounce à travailler) et à ses enfants, pour aujourd’hui, utiliser ce blog pour relayer le risque de perte de ses valeurs par la patrie des droits de l’homme, la France. Si de fait, la France ne peut matériellement accueillir toute la misère du monde et s’il est légitime de regular l’immigration, certaines décisions récentes destinées à satisfaire un électorat de plus en plus replié sur lui-même et à faire du “chiffre” méritent interpellation. Il en va ainsi, du renvoi imminent de clandestins afghans vers Kaboul alors que leur pays est en guerre et que la France, partie prenante de l’ISAF, ne le sait que trop bien, ses soldats payant un tribute à cette guerre incertaine contre le terrorisme et le banditisme lié à la drogue. Aussi, je relaie l’appel interassociatif lancé Lundi 19 octobre 2009.

Communiqué interassociatif
Lundi 19 octobre 2009
L'Etat français s'apprête à expulser des Afghans par charter

Un « charter » franco-britannique à destination de Kaboul est prévu pour demain, mardi 20 octobre. Suite à la « fermeture » de la « jungle » de Calais, un « vol conjoint » pour l'Afghanistan était déjà d'actualité le 6 octobre. La mobilisation interassociative, les décisions de suspension d'expulsion de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) ont fait reculer Paris et Londres.

La libération des 140 Afghans placés en rétention dans les jours qui ont suivi la « fermeture » de la « jungle » de Calais, leurs demandes d'asile en cours, n'ont pas empêché les autorités françaises de continuer à arrêter et à placer des ressortissants afghans dans plusieurs centres de rétention administrative (CRA). A ce jour, une cinquantaine d'Afghans sont dans les CRA de Palaiseau (91), de Coquelles (66), du Mesnil-Amelot (77), de Nice (06), de Lille (59) et de Paris-Vincennes (75).

La situation n'a pas changé : l’Afghanistan est un pays en guerre. Il est inacceptable d’y renvoyer ceux qui s’en sont enfuis à la recherche d’une protection en Europe. Les « charters conjoints », qui sont contraires au principe d’interdiction des expulsions collectives, conduisent à des pratiques arbitraires, discriminatoires et inhumaines, au mépris des droits fondamentaux des personnes.

Nous appelons instamment les autorités françaises et britanniques à renoncer à tout projet d’expulsion vers l’Afghanistan et insistons sur la nécessaire mobilisation de tous pour empêcher cette expulsion collective qui mettrait sérieusement en danger la vie de ces exilés.

Nous réaffirmons qu’il est urgent de rendre son sens au droit d’asile en Europe en prévoyant un mécanisme permettant à tout réfugié de solliciter une protection dans le pays de son choix. Dans l’attente, la France peut, et doit, suspendre l’application du règlement de Dublin afin d’accueillir sur son sol les personnes qui continueront à fuir les conflits pour trouver refuge en Europe.

*Organisations signataires : ACAT-France (Action des chrétiens contre la torture), ADDE (Avocats pour la défense des droits des étrangers), ANAFE (Association nationale d’assistance aux frontières des étrangers), APSR (Association d’Accueil aux médecins et Personnels de Santé Réfugiés en France), Association Primo Levi, Auberge des migrants (Calais), CAAR (Comité d’aide aux réfugiés – Bois-Colombes), Calais Migrant Solidarity, C’SUR (Calais), Cimade, Collectif Migrants (Dunkerque), Collectif Solidarité Migrants (Angres), Collectif de soutien des exilés (Paris), COMEDE (Comité médical d’aide aux exilés), ELENA (European Legal Network on Asylum), Emmaüs-France, Enfants du monde-Droits de l'Homme (EMDH), Fédération de l’Entraide Protestante, Flandre Terre Solidaire, GAS (Groupe Accueil et Solidarité), GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), Itinérance (Cherbourg), LDH (Ligue des droits de l’homme), MRAP (Mouvement contre la racisme et pour l’amitié entre les peuples), PCF (Parti communiste français), RESF (Réseau Education sans frontières), SAF (Syndicat des avocats de France), SALAM (Calais), SALAM (Dunkerque), Secours catholique, Syndicat de la magistrature (SM), Terre d’errance (Norrent-Fontes), Terre d’Errance (Steenvoorde)

Contact presse : La Cimade : Julie Chansel / 06 82 24 03 47 / julie.chansel@cimade.org

 

 

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Dimanche 20 septembre 2009 7 20 09 2009 17:17
Comme l’espérance est une des vertus que ce blog revendique, je suis sensible au hasard des calendriers religieux, comme l’a été (intelligemment ou malicieusement diront ses détracteurs) Barack Obama, en souhaitant conjointement une bonne Fête (de Rosch-Achana) aux juifs (Samedi) et de l’Aid-El-Fetr aux musulmans (ce dimanche pour la plupart des musulmans).

Si les Dieux envoient un signal aux hommes au moment ou Lundi, Barack Obama va recevoir Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahu, on peut espérer que ces derniers s’en saisissent et y soient sensibles. « We want peace » comme le disent les militants israéliens pacifistes.

Face à cette espérance, il faut aussi dénoncer les actes et les propos inconséquents et s’en inquiéter. Parmi les premiers, le revirement avéré (et inexpliqué) des autorités des Emirats Arabes Unis (dont la neutralité politique était jusqu’alors une force) mérite d’être souligné. Les iraniens y sont de plus en plus mal reçus voire refoulés à l’aéroport alors qu’ils y assuraient une part du commerce. Et plusieurs entrepreneurs libanais de confession ou d’origine chiite sont convoqués par les autorités. On les interroge sur leur référence religieuse et dans certains cas, on leur a donné dix jours pour quitter le pays (et abandonner leur commerce…). Que se trame-t-il dans cet Emirat à la pointe de la modernité ? Y-a-t-il un pacte avec les Etats-Unis pour contribuer à un « nouveau Moyen-Orient » ghettoïsé en échange de tolérance des américains pour les règles fiscales et financières en vigueur à Dubaï ?

Sans encore décrypter tous ces éléments, je ne peux m’empêcher de mettre ces faits en face des propos récents de Sayyed Hassan Nasrallah. En rupture avec sa sagesse stratégique habituelle, le leader politique et militaire du Hezbollah, semble s’être enflammé à l’occasion de la journée d'Al-Quds (Jérusalem) le 18 Septembre 2009. Selon Al-Manar (la chaine de télévision de son parti), s'exprimant lors d'un festival organisé dans la Banlieue-sud de Beyrouth, il s'est engagé à « changer la donne dans la région, voire à transformer la guerre en une occasion pour éradiquer Israël et arriver à bord de bus dans la ville sainte d'al-Quds (Jérusalem)». Est-ce pure démagogie d’un chef qui se laisse emporter par son auditoire ou le début de la folie d’un leader qui ce faisant, rompt avec la tradition islamo-nationaliste de son mouvement que revendiquaient Fréderic Domont et Walid Charara dans leur ouvrage (Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste, Fayard) et qui justement le démarquait des groupes terroristes totalitaires et internationalistes comme Al-Qaeda ? Si le Hezbollah est légitime dans la défense de l’intégrité du territoire libanais, il en va évidemment autrement lorsqu’il s’agit de régler la question palestinienne sans compter qu’imaginer l’arrivée de combattants du Hezbollah en bus à Jérusalem, tient du délire sur le plan militaire et ne manque pas d’inquiéter sur la justesse de vue du leader du Hezbollah.
Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Dimanche 23 août 2009 7 23 08 2009 16:16

Nos frères musulmans viennent d’entrer dans leur mois de jeun et de prière. En leur souhaitant Ramadan Karim, je ne peux résister au besoin de partager à mes lecteurs de ce blog, le caractère unique du début (et de la fin) du Ramadan au Liban. En effet, selon les communautés et même les obédiences politiques, l’issue varie à deux ou trois jours prés….

Ceux qui suivent le Sayyed Mohamed Hussein Fadlallah (et parmi eux quelques sunnites) ont démarré Vendredi 21 Aout, les chiites du mouvement Amal et du Hezbollah et la majorité des sunnites suivant les imams de l’Arabie Saoudite ont démarré Samedi 22 Aout bien que quelques chiites aient un moment anticipé que le démarrage se ferait en fait ce dimanche 23 Aout. L’explication de ces différences de prévision vient du Coran qui précise qu’il faut voir le croissant de lune naissant pour affirmer que le mois de Ramadan commence…. Ce constat qui traduit pour une part, des volontés d’affichage politique (« en me démarquant de la date annoncée par mon concurrent, j’affiche ma différence »), ne manque pas pour autant, dans le monde moderne, de questionner l’Islam sur ses rapports à la science.  C’est la question que pose le Sayyed Mohamed Hussein Fadlallah à ses frères en Islam. Pour fixer la date de commencement du Ramadan, il dit se fier aux calculs de l’astronomie davantage qu’au fait de « voir » ou « non » la lune au moment venu.  Et il invite ses frères à le suivre. D’une part, les connaissances scientifiques actuelles permettent aisément de prévoir les cycles lunaires avec précision. D’autre part, la pollution visuelle des villes rend illusoire la possibilité de discerner systématiquement à l’œil nu, l’émergence du croissant de lune comme au temps du prophète Mohamed. Ceci le pousse à faire davantage confiance au calcul qu’au visuel. Et de fait, Vendredi 21 Aout, la lune n’était pas visible. Pour autant, Samedi 22 Aout, elle était tellement visible qu’on percevait bien qu’elle n’en n’était pas au démarrage de son cycle mais sans doute au deuxième jour. Les habitants de mon quartier (un quartier ou cohabitent chiites et sunnites) se raillaient entre eux en disant « Hmmm, Fadlallah avait raison… ».

A présent que nos frères musulmans sont entrés dans leur mois de Ramadan, c’est à  eux, individuellement, dans le secret de leur cœur et de leur esprit,  d’envisager quel rapport ils souhaitent entretenir entre leur foi et la science. Bon Ramadan à chacun.

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Mercredi 19 août 2009 3 19 08 2009 02:18
La bonne volonté semble caractériser la plupart des acteurs du Moyen-Orient (et c’est heureux) en ce milieu d’Aout 2009.
Pour commencer, en plaidant la cause de Clotilde REISS, le Président Bachar El Assad a clairement fait montre de sa bonne volonté et de son esprit d’ouverture pour coopérer avec la communauté internationale, avec la France en tout cas.
En sursoyant aux requêtes de la France que le Président syrien avait relayées et en accordant une libération conditionnelle sous caution à notre collègue chercheuse (Clotilde REISS), dans l’attente du terme de son procès, la République Islamique d’Iran a fait preuve de bonne volonté.
Le monde entier aussi (et même les opposants iraniens, me semble-t-il), en reconnaissant aujourd’hui Ahmadinejab comme Président élu (malgré les doutes sur les conditions du scrutin). La création d’un parti au nom poétique « Le parti du chemin vert de l’espoir » par Mir Hossein Moussawi marque, de fait sa rentrée dans le rang sans perdre la face. Il se place dans la perspective de 2013 et entre temps, constituera, une véritable force d’opposition démocratique en Iran.

Même ceux, au Liban, en Palestine et en Israël, qui sont souvent des acteurs de mauvaise volonte, semblent relativement ouverts en ce moment.
Toutes les factions libanaises s’entendent (même si cela dure) pour former le futur gouvernement et l’heure est « au dialogue » (et aux vacances aussi ce qui explique sans doute leur faible empressement a se mettre définitivement d’accord…).
Apres un petit jeu de menaces psychologiques « de bonne guerre » aurait-on envie de dire si les enjeux humains n’étaient pas aussi dramatiques en cas de dérapage, le Hezbollah et le gouvernement israélien calment le jeu. Apres avoir clairement fait comprendre que le Hezbollah avait à présent la capacité de toucher Tel-Aviv (« Si vous touchez la banlieue de Beyrouth, on touche Tel-Aviv ») et avoir entendu comme avertissement « A la moindre attaque du Hezbollah, le Liban verra toute la puissance d’Israel », le leader du parti chiite, Sayyed Hassan Nasrallah disait le 14 Aout : - "Nous ne pensons pas qu'il y aura une nouvelle guerre contre le Liban dans un avenir proche",
Le discours israélien était porteur de la même tonalite. Bonne volonté encore….

Pour autant, nous ne sombrons pas dans l’angélisme… Le Moyen-Orient reste le Moyen-Orient, une zone ou des terroristes islamistes emprisonnés s’échappent avec la complicité de gardiens de prison. C’est ce qui vient d’arriver au Liban ou un terroriste de Fatah-Al-Islam, le groupe qui avait combattu l’armée libanaise en 2007 au Nord du pays, est en fuite, les sept autres ayant été rattrapés….
De même, même si elle a été rapidement avortée par les forces de sécurité du Hamas, que faudrait-il penser de la rébellion islamiste par la mouvance Al-Qaeda ce Samedi (15 Aout) dans la bande de Gaza. Qui les instrumentalisait ? A qui profitait le « crime » ? A Israël ou aux frères ennemis du Fatah (dont les représentants a Gaza pouvaient être vexés qu’on ne les ait pas laissé se rendre a leur congres en Cisjordanie) qui pouvaient ainsi montrer l’incapacité du Hamas a maintenir l’ordre dans son Etat (car, coupé du monde, coupé du reste de la Palestine, Gaza est bien un Etat qui rend illusoire les « bonnes volontés » de la communauté internationale de parvenir enfin a construire « deux états viables »…. Le succes rapide du Hamas sur ce coup, lui donne toutefois credit sur sa capacite a controler Gaza pour le meilleur et pour le pire.....

Le Moyen-Orient reste un espace compliqué pourtant, il y a effectivement, en ce moment, des signes de bonne volonte, sinon d’espérance.

Sans faire un amalgame nous rejetons (car il fait justement le jeu de ceux qui veulent nuire a la paix) entre le « juif de religion », « l’israélien de nationalité », et « le sioniste » (celui qui défend la colonisation de la Palestine), il y a aussi de la bonne volonté dans les efforts entrepris a Beyrouth pour restaurer la synagogue historique Magen Abraham et rappeler a tous qu’autrefois, avant la création déséquilibrante de l’Etat d’Israël, 22.000 juifs vivaient harmonieusement au pays des cèdres.

Enfin, comme à juste titre, en lisant mon poster sur ma visite au Sayyed Mohamed Hussein Fadlallah, Patrick mentionnait son regret que je sois si peu bavard sur sa vision actuelle, je lui donnerai la parole. Si je ne partage pas tout, de son argumentation et de sa rhétorique, j’en retiens aussi qu’il entrevoyait (avec prudence), des marques de bonne volonte. Pour lui, « l’Iran doit engager un dialogue avec les Etats-Unis » et il complète. « Puisque les iraniens parviennent au dialogue avec les européens, ils devraient y parvenir avec les américains. Il faut juste que le dialogue soit équilibré, c’est-a dire, sans concession.».
Il reconnait que la situation intérieure était cependant sensible et critique en Iran et considère que s’il perdure, le conflit entre les deux factions (conservateurs et réformateurs) pourrait avoir des « conséquences néfastes sur la région » (par un affaiblissement de l’Iran qu’il invite au « dialogue avec tous les pays arabes de la région pour qu’ils fassent un front commun face à Israël »). Pour lui, l’Iran est « la base islamique pour faire face à la domination occidentale sur la région » et il remercie le « soutien de l’Iran à toutes les résistances de la région » (Hamas et Hezbollah) « et au peuple palestinien et a sa cause ». Revenant sur la situation iranienne, il souligne que les élections et leurs suites, montrent « le dynamisme du peuple iranien et montrent qu’ils soutiennent toujours la révolution islamique ». De fait, les réformateurs se situent bien dans le cadre de cette révolution dont ils veulent seulement assouplir quelques applications. Au fond, mais c’est la mon interprétation personnelle, en invitant pour finir, l’Iran a « plus de sagesse vis-à-vis des Etats-Unis et au dialogue équilibré », il espère justement que la poussée réformatrice devenue « parti du chemin vert de l’espoir » fera fléchir l’intransigeance outrancière et rhétorique d’Ahmadinejab.

Bonnes volontés…Esperons.... Au travail…
Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Vendredi 14 août 2009 5 14 08 2009 16:50
Les libanais se revendiquent souvent comme uniques. Et certains facteurs plaident en leur faveur. Rares sont les pays à connaitre une telle diaspora. Et, on l’a vu lors des récentes élections (avec 120.000 expatriés revenus pour voter), nombre de libanais de l’étranger, bien qu’ils ne vivent pas au Liban, influent le quotidien de ceux qui y vivent.

Les événements de la vie quotidienne sont souvent révélateurs. Hier, avec mon épouse, nous avons eu le bonheur d’assister a la représentation de l’opéra de Verdi, « La Traviatta » qui clôturait le Festival international de Baalbek. Cet événement culturel illustre un peu pour nous, en quoi le Liban et les libanais sont effectivement uniques. Deux traits ambivalents dominent : -L’Audace et l’Innovation d’une part, et -la Médiocrité d’autre part.

Héritiers des phéniciens, les libanais sont reconnus pour être des entrepreneurs et ce faisant, des audacieux. Et en l’occurrence, l’audace des organisateurs pour programmer un opéra au temple de Jupiter mérite d’être saluée. Certes, la reconstitution en plein air, l’espace sonique d’une salle d’opéra ou du théâtre antique d’Orange était une gageure et n’a pas été réussie. Certains spectateurs (dans les hauts gradins) n’ont pas pu vibrer aux performances vocales de Vittorio Grigolo (le Ténor jouant le rôle d’Alfredo), de Marzio Jossi (le baryton incarnant le père d’Alfredo) et d’Ermonela Jaho (Violetta). Tous ont, par contre, pu apprécier le jeu scénique et l’effort de mise en scène et d’adaptation a l’espace magique du temple de Jupiter. De ce fait, malgré les imperfections sonores, cette représentation était unique. Elle a sans doute due dérouter aussi les acteurs tant les spectateurs, peu habitués sans doute a ce genre de spectacle, cassaient parfois le rythme de l’opéra en applaudissant au beau milieu des scènes la performance des sopranos et des ténors…. Pour autant, il y eut de l’émotion et je pense qu’elle fut partagée par le public et par les acteurs. L’ovation finale fut un moment fort de partage en temoignant. La médiocrité était aussi de la partie, rendant effectivement ce spectacle unique. Comme le disait un spectateur, le spectacle a été « parasité » par les feux d’artifice tirés par quelques abrutis comme cela est fréquent partout au Liban et aussi par l’odeur de l’incinération des déchets en plein air qui est banale dans nombre de villes libanaises. Ces deux éléments venaient rappeler aux spectateurs, pour beaucoup issus de la diaspora en vacances au pays des cèdres, que le Liban n’a pas de politique de gestion des déchets (et ce faisant, pas de politique de santé publique moderne…) que dans ce pays, le respect est souvent un mot abstrait et que les nuisances sonores y sont une réalité partagée. Il ne manquait qu’une coupure d’électricité pour rappeler a chacun que le Liban est un pays sous-développé et mal géré  et rappeler chacun a la modestie (surtout les politiques qui paradaient sur l’estrade a l’issue du spectacle en espérant voler la vedette aux acteurs et aux musiciens dont ils devaient jalouser l’ovation).
Ce n’est que fiers de leur audace mais modeste et conscients de la médiocrité qu’ils doivent combattre que les libanais ne deviendront pas des « traviotti » (garçons perdus)...
Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 07 2009 11:18

En étant recu avec mon épouse, par le Sayyed Mohamed Hussein Fadlallah, le 13 juillet 2009, j’ai le sentiment d’avoir recu un grand honneur et une grande chance. Pour autant, les propos de ce sage sur le Liban, objet de ce blog, sont, pour le moins pessimistes.

 

A nos questionnements sur la possibilité d’un Liban comme veritable pays un jour, ses réponses étaient sans equivoques. “Le Liban n’a pas été créé pour ses fils”. De nombreux pays ont des enjeux et soutiennent, pour leurs intérêts, tel out el clan, telle ou telle communauté. Le communautarisme est donc indépassable, au detriment du pays.

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Dimanche 21 juin 2009 7 21 06 2009 12:10

S’il est un point qui fait consensus en Iran, c’est l’enthousiasme de la population pour les élections présidentielles. La population de tous les camps s’est mobilisée en masse le 12 juin 2009. Toutes les conditions étaient réunies pour que la fête soit réussie quelle qu’en soit l’issue.  Et la probabilité d’un second tour était forte au vu des sondages. Les scores annoncés rapidement par le Ministère de l’Intérieur (24 millions de voix pour le candidat Ahmadinejab) qui lui confèrent une victoire «  incontestable » sont, incohérents (Au premier tour 2005, il n’avait recueilli que 5 millions de voix) et priveront ce dernier de pouvoir par la suite. Il devra rendre compte à ceux qui lui ont assis son triomphe.  Il lui sera des lors difficile de mener sa politique. C’est comme si même Ahmadinejab avait été volé de sa victoire car nul ne peut dire qu’il n’aurait pas effectivement gagné « à la loyale » face à Moussawi car son soutien populaire est réellement i important comme nous nous en étions rendus compte en nous rendant en Iran récemment.

En attendant, en laissant le soin aux iraniens de trancher leurs différents, nous distribuons 4 cartons rouges.

-Carton Rouge à Hassan Nasrallah qui dés Dimanche 14 juin, a félicité M. Ahmadinejab alors même que l’enquête pour contestation était en cours et que le Guide Suprême Khamenei avait jugé les plaintes recevables et n’avait pas encore donné sa réponse. L’excès d’allégeance marque l’asservissement. Une telle allégeance partisane est étonnante puisqu’en fait, quel qu’ait été le vainqueur du scrutin iranien, le soutien de la République Islamique au Hezbollah n’aurait pas failli.

-Carton Rouge à Hugo Chavez qui soutient inconditionnellement Mahmoud Ahmadinejab sans les réserves d’usage. Il est vrai que leurs pratiques démocratiques ont des points communs.

-Carton rouge aux bassidjis. Il est honteux que dans un pays moderne comme l’Iran, puisse sévir une milice armée aux cotés de la police. Les 7 morts de Lundi 15 juin sont les morts de la stupidité humaine et du non droit. Partout ou il y a des milices, on constate les mêmes effets alors que l’attitude de la police iranienne a été très professionnelle et ferme quand il le fallait.

-Carton rouge au Guide Suprême Ali Khamenei qui, de mon point de vue, est sorti de son rôle éminemment respectable d’arbitre et de référent spirituel pour la communauté chiite  iranienne, en prenant position sans nuance pour Mahmoud Ahmadinejab lors de son prêche de Vendredi. Les remerciements du  président nouvellement réélu au guide suprême pour sa "bonne décision"  prouvent le coté aberrant du mélange des genres que désapprouve une partie du clergé chiite.

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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