Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 06:48

Beyrouth est connu pour ses difficultés de stationnement…

Ce Mercredi, devant me rendre à l'Ecole de mon fils pour un rendez-vous avec son institutrice, ne trouvant de place dans le quartier, je m'oriente vers le parking privé qui jouxte l'école. Il est vide (à 10 heures 45 du matin…)… Et pourtant le gérant imbécile me dit qu'il n'y a pas de places (même pour une heure trente, le temps de l'entretien et d'une visite chez le coiffeur) car il réserve la trentaine de places disponibles pour les abonnés (pour la plupart, des étudiants de la Lebanese American University jouxtant aussi le parking –il est vrai que je ne suis qu'un modeste professeur de l'Université Saint-Joseph et de l'Université Libanaise…). Je continue donc ma route en quête de places de stationnements sur la voirie et je finis par trouver place dans une rue à horodateurs…. La ville de Beyrouth a, en effet, intelligemment développé le système des parcmètres pour réguler le stationnement sauf qu'il demeure une double aberration.

Les automates de paiement n'acceptent que les pièces de 250 ou 500 Livres Libanaises alors que la coupure la plus fréquente en vertu des transactions, est le billet de 1000 Livres Libanaises. De fait, n'ayant pas de pièces, je ne peux honorer mon paiement et n'écrivant pas l'arabe, je prends le soin d'inscrire en français et en anglais ce regret de n'avoir pu m'affranchir de ma dette faute de l'intelligence de la ville de Beyrouth (C'est comme si à New-York, on installait des distributeurs de soda ou de chips réservés uniquement aux centimes de dollars sans prévoir les paiements par billets de 1 Dollar… A titre de contre-illustration, les machines à café de l'Université St Joseph rue Huvelin, prévoient des paiements en pièces ou en billets de 1000 Livres libanaises). C'est donc la première aberration du système de la ville de Beyrouth. Ceci dit, faute de posséder des pièces et de pouvoir honorer mon stationnement, je me suis donc mis en faute et j'ai pu découvrir une deuxième aberration. En retrouvant mon véhicule stationné sur une aire théoriquement payante, j'ai constaté qu'on m'avait (logiquement) verbalisé pour 10.000 Livres Libanaises ce que je ne pourrais contester malgré mon message explicatif et ce qui précède s'il n'y avait une suite paradoxale... Le paradoxe, c'est que les deux voitures derrière moi, stationnées illicitement sur des places ou le stationnement n'est pas autorisé (et donc non payant mais interdit…) et présentes avant mon arrivée, n'étaient pour leur part, pas verbalisées... Pour moi, cette aberration est la plus grave des deux et incombe à une mauvaise gestion de la voirie. Des agents privés (et non publics tels des policiers comme il est d'usage en France par exemple) supervisent les stationnements sur zones gérés par horodateurs en tolérant de fait, les stationnements anarchiques hors de ces zones… Il y a donc, de ce fait, deux poids et deux mesures et un encouragement fort au stationnement anarchique…

 

Thierry Levy-Tadjine

Français résidant au Liban et Professeur à l'USJ.

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 14:09

En Irak, pays a majorité chiite, la constitution reconnait l'autonomie du Kurdistan Irakien et prévoit la possibilités de régions autonomes comme cela pourait etre le cas du "triangle suniite". Pourquoi, vu d'un occidental vivant au Liban et intellectuelement ouvert, un tel scénario ne s'appliquerait-il pas au cas particulier de la Syrie actuellement en crise malgré les dénis du régime... ? De fait, en Syrie et nous le suggérions dans notre précédent :"post", Bachar El-Assad et son régime disposent de soutiens réels et constitutifs de la société syrienne (alaouites; chrétiens dont il a respecté le rite; commercants et bourgeois sunnites de Damas...) mais ils sont de fait, historiquement non représentatifs du peuple dans certaines régions telles que Homs, ville martyre(Qu'on se souvienne de la rébellion sanglante de Afes El Asssad contre la ville...) qui mériteraient alors une autonomie relative....  

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 10:32

Une fois n'est pas coutume tant l'institution est fréquemment décriée pour son inertie, il convient de saluer la sagesse de la Ligue Arabe suite aux rapports de ses observateurs envoyés en Syrie. Sans sombrer dans le manichéisme dans lequel sombrent les occidentaux comme le notait d'ailleurs le magazine Marianne de la semaine dernière (même ceux qui hier adulaient Bachar El Assad… comme ils avaient vanté le système Ben-Ali en Tunisie ou le gouvernement Moubarak avant de faire une volte-face radicale…), les observateurs invitent les deux camps (Camp de Bachar-El-Assad et Camp de l'opposition et de l'Armée Syrienne libre) à se mettre au tour d'une même table dans l'intérêt de la Syrie, pays complexe puisqu'il est composé d'une mosaïque ethnico-religieuse fascinante (Alaouites, Chrétiens plutôt pro-Bachar-El-Assad; Druzes; Sunnites; Kurdes; etc.) que la dictature du père et du fils avait unifié par la force…Ce scenario ne manque pas de rappeler l'ex-Yougoslavie (de Tito et de ses successeurs) avant son éclatement douloureux... Il est donc urgent qu'enfin Bachar et les siens écoutent les injonctions de la Ligue Arabe et stoppent leurs exactions (même si comme ils le rapportent avec sagesse et justesse à défaut de justice, il y en a aussi de la part de l'autre camp). Des informations de syriens intégrés au Liban depuis des années indiquent qu'au delà des dizaines de morts quotidiennes lors des manifestations réprimés par le régime, il faut ajouter plusieurs milliers de disparitions notamment sur Homs ou face au grand nombre de déserteurs, il semble que l'Etat-major ait fait le ménage… Un voisin originaire de Homs me racontait que là-bas, dans chaque famille, il y a un mort ou un disparu… Et pourtant, les propos de nombre d'extrémistes sunnites prêts à prendre le pouvoir et disant qu'ils veulent passer les chrétiens- dont, par peur, un grand nombre a déja quitté la Syrie pour le Liban-  "au hachoir", ne manquent pas d'appeler les deux camps à la retenue dans l'intérêt de ce grand pays aujourd'hui en guerre. A Homs, pour survivre face aux coupures d'électricité que le régime prescrit pour punir les rebelles, tous les arbres sont coupés, les gens cherchant naturellement à se chauffer… Alors, nul doute que les prochains jours seront déterminants et que nous devons faire confiance au travail des observateurs de la Ligue Arabe ou pour ceux qui croient en la puissance de Dieu ou des divinités, prier... pour que la raison l'emporte et que le sang s'arrete de couler...  

 

                                                            Dr Thierry LEVY-TADJINE, HDR

                                                            Professeur à l'Université St Joseph (USJ)

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 22:28

Il y a cinq jours, le New-York-Times rapportait que plusieurs entrepreneurs libanais exerçant en Afrique sont suspectés (sans preuves formelles comme le confirme la justice libanaise) de complicité de blanchiment d'argent de la drogue au profit du Hezbollah. Une plainte civile a été déposée aux Etats-Unis contre plusieurs établissements libanais parmi lesquels la banque Libano-Canadienne (LCB), la compagnie de change Hassan Ayash et Ellissa Holding. Selon l'accusation qui souhaite ainsi récupérer leurs avoirs, ces établissements et d'autres entrepreneurs libanais en Afrique, seraient liés au trafic d'Ayman Joumaa inculpé par contumace aux Etats-Unis  le 23 novembre dernier pour blanchiment d'argent et trafic de cocaïne, exportée du Mexique vers les Etats-Unis. Si l'acte d'accusation est alors assez confus puisque selon l'AFP, les incriminés au civil américain sont au contraire suspectés de virer des fonds depuis le Liban jusqu'aux Etats-Unis, où ils servaient à acheter des voitures d'occasion qui étaient ensuite acheminées en Afrique, principalement au Bénin, il est également notoire que la personnalité de certains des mis en cause accroit le doute sur le bien fondé des accusations. Certains d'entre eux bien que chiites sont notoirement hostiles à l'idéologie du Hezbollah ce qui ne les empêche pas de saluer son efficacité militaire au service de la résistance de leur pays. Il va sans dire qu'il s'agit pour les Etats-Unis en ces heures troubles dans les relations américano-iraniennes et incertaines en Syrie, de mettre la pression sur le Hezbollah dans le prolongement des accusations précédentes de l'OFAC en Janvier 2011 contre la Lebanese Canadian Bank et conduisant à son acquisition à très bon prix par la Société Générale (SGBL)…

Pour autant, s'il y a des raisons de ne pas croire au bien fondé des accusations américaines contre les entrepreneurs libanais incriminés, il convient aussi de comprendre comment ils ont pu se retrouver dans une telle tourmente. La réponse est simple. Ils créent des écrans de fumée qui peuvent laisser croire à un incendie même si en l'occurrence, contrairement au dicton populaire, il peut y avoir de la fumée et des fumigènes sans qu'il n'y ait de feu. Mais il faut tenir compte du fait que le pompier américain est assez tendu et se veut vigilant pour justifier sa rhétorique anti-terroriste.

 

De fait, transporter des valises de billets comme le font notoirement la plupart des libanais possédant des affaires hors du pays des cèdres (y compris de hauts dignitaires politiques de toute confession voire alliées des américains, propriétaires de belles affaires en Europe comme de fameux restaurants ou viennent manger les élites politiques occidentales), c'est un jour s'exposer aux menaces d'accusation de blanchiment ou d'évasion fiscale… En outre, il est avéré et j'ai pu m'en rendre compte par quelques observations participantes, que la gestion des libanais est bien souvent non rigoureuse et irrationnelle. La comptabilité est floue. La vision stratégique fluctue au gré du vent et du flair de l'entrepreneur. Le revirement d'ADMIC (qui gère les enseignes Monoprix et BHV au Liban) est assez révélateur de ce dernier aspect. Il y a deux ans et demi, ADMIC revendait tous ses magasins (sauf le BHV de Dora) à un groupe Koweitien, TSC, (dans une pure logique financière) et aujourd'hui, l'entreprise rouvre un Monoprix et un BHV à Jnah à 50 mètres du grand TSC-Plus qui abritait hier ces deux enseignes. Un tel comportement ne saurait s'enseigner dans les écoles de gestion.

Un spécialiste libanais de l'Entrepreneuriat, Dr Philippe Zgheib, Professeur Associé a l'American University of Beirut, interrogée par une doctorante aujourd'hui docteur, Lena Saleh, confiait en substance lors d'un entretien qualitatif: "Au Liban, pour les entrepreneurs, l'entrepreneuriat, c'est pas vraiment de l'entrepreneuriat, c'est juste de la débrouillardise". De fait, l'anti-gestion libanaise et ce pseudo-entrepreneuriat contraire à tout ce qu'on enseigne pourtant au Liban dans les grandes universités (USJ, AUB, LAU, USEK…) produit des écrans de fumée qui peuvent laisser croire même à tort, à des incendies. C'est donc le prix à payer pour ces pseudo-entrepreneurs libanais qui refusent les conseils et les enseignements des Sciences de Gestion.

Dr Thierry LEVY-TADJINE, HDR

                                                            Professeur à l'Université St Joseph (USJ)

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 22:10

Dans un récent ouvrage ("La lutte des classes moyennes", Editions Odile Jacob), Laurent Wauquiez actuel Ministre de l'Enseignement supérieur français et fondateur du mouvement de la Droite Sociale (au sein de l'UMP, le parti présidentiel) soulignait son inquiétude devant le déclassement des classes moyennes en France. Celui-ci marqué par la montée du chômage et l'élévation du cout de la vie qui affecte nombre de concitoyens serait dangereux pour la démocratie et se traduirait par une attitude désabusée et la perte d'espoir en la politique et relèverait notamment du fait que les générations mures n'espèrent plus que leurs enfants pourront s'en sortir mieux qu'eux. Le livre est très pertinent pour le contexte français mais ne manque pas d'interpeller au delà de l'Hexagone. Ou en est la lutte des classes moyennes au Liban et dans le monde arabe ?

Les facteurs générateurs du déclassement y sont identiques et je vois dans les révoltes du printemps arabes, notamment en Tunisie, des traits communs. Les révoltes tunisiennes et égyptiennes traduisaient le manque d'espoir d'une jeunesse diplômée qui se retrouvait au chômage et face à cet état de fait, son exaspération devant les systèmes de corruption et l'enrichissement abusif des classes dirigeantes (Ben Ali-Trabelsi ou Moubarak). En protestant pour lutter contre ces injustices et le sentiment d'inégalité, ils ont aspiré à un système démocratique dont le défi est aujourd'hui immense. Le Liban est à mon sens, dans un contexte différent. La corruption y est présente mais presque admise puisqu'elle concerne tous les leaders politiques quelles que soient leur communauté, et le pays des cèdres est de longue date avec le Brésil, un des pays ou le coefficient de Gini mesurant l'écart entre les revenus les plus bas et les revenus les plus élevés, est le plus élevé ce qui signifie que la classe moyenne y accepte davantage qu'ailleurs les inégalités. Pourtant la prophétie de Marx et Engels longtemps invalidée et par laquelle Wauquiez ouvre son livre n'est-elle pas également en train de s'y réaliser ?

            "Petits industriels, marchands et rentiers, artisans et paysans, tout l'échelon inferieur des classes moyennes de jadis, tombent dans le prolétariat" (Karl Marx, Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, 1848)

 

                                                            Dr Thierry LEVY-TADJINE, HDR

                                                            Professeur à l'Université St Joseph (USJ)

 

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Mardi 3 mai 2011 2 03 /05 /Mai /2011 12:31

Classiquement dans notre monde moderne ultra-médiatisé, les actualités s'entrechoquent et la dernière occulte souvent la précédente même si elle reste actuelle.

Ainsi, ces jours-ci, le télescopage est frappant et révélateur inquiétant des réalités humaines… Vendredi, presque le monde entier a vécu au rythme du romantisme et de l'amour de Kate et de William (mariage princier qui a rassemblée 2 milliards de téléspectateurs). Ce romantisme était un peu contrebalancé par la continuation discrète de l'offensive de l'OTAN contre Khaddaffi et par les affrontements en Syrie, les frères musulmans ayant cette fois pris position contre le régime tandis que l'armée encerclait et bombardait Deera… Samedi 30 avril, on apprenait que Mouammar Khaddaffi avait perdu son jeune fils et trois petits enfants à l' occasion d'une frappe de l'OTAN censée viser les postes de commandement militaires et non les personnes. Et, au summum de l'indécence, les rebelles de Benghazi se réjouissaient de ces morts. Dimanche, le pape Benoit XVI béatifiait son prédécesseur Jean-Paul II et le monde entier vénérait ce pape béatifié plus vite que son ombre. Et dans la nuit de Dimanche à Lundi, on apprenait que des forces spéciales américaines avaient liquidé Ben-Laden à une cinquantaine de kilomètres d'Islamabad au Pakistan. Sitôt la nouvelle médiatisée, elle provoqua les mêmes explosions de joie ahurissantes à Ground-Zero que l'avant-veille à Bengahzi. Qui qu'il soit, même le plus odieux des terroristes comme Ben-Laden, peut-on humainement se réjouir d'une mort au lendemain de la béatification d'un pape ? Dans tous ces engouements insensés (pour le mariage princier même si force est de reconnaitre que les mariés étaient fort beaux et sympathiques, pour une béatification accélérée et peut-être prématurée, devant ces morts…et l'absurdité et l'inhumanité récurrentes de ceux qui les ont causé qu'il s'agisse de Ben-Laden ou de Kadhafi ), n'y-a-t-il pas la marque d'un profond désespoir des habitants de cette planète ou Facebook et les medias semble dicter la conduite à tenir dans un élan de perpétuelle fuite en avant ? Alors, devrais-je dire: "Jean-Paul II, reviens, ils sont tous devenus fous…" ?

Et vous qu'avez-vous retenu de ce week-end du 1er Mai 2011 ?

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 14:29

Je reproduis ci-dessous le courrier du Professeur Peter LEUPRECHT. Sa mésaventure avec le plagiat dont il a été victime par un apparemment éminent universitaire libanais (le dénommé Fady Fadel) autant que la réponse diplomatique et lache du Secrétaire Administratif de l'AMOPA interpellent (ou devraient interpeller) les universitaires libanais.

Cette lettre fait partie des témoignages reportés sur l'excellent site animé par la Professeur Michele BERGADAA de HEC-Geneve.

http://responsable.unige.ch/lettres_ouvertes/lettre_09.html

http://responsable.unige.ch/

Elle me rappelle aussi une annecdote personnelle qui donne un peu de sens aux propos du Secrétaire Administratif de l'AMOPA sur le fait qu'au Liban, le plagiat "se propage aisément". Un jour ou devant d'autres collègues enseignant dans un établissement universitaire lié à la France, je contestais le bien-fondé d'un "document de cours" d'une centaine de pages ne citant aucune source d'inspiration (sinon son seul auteur aujourdh'ui élevé au grade de Professeur à l'Université Libanaise), mes collègues me répondirent: "Oui, c'est certainement du plagiat d'ouvrages francais, mais ce n'est pas grave... Et au Liban, c'est normal...".

Bref, il y a ici une vraie guerre à mener contre les escrocs, guerre qu'ont d'ailleurs engagé toutes les grandes universités du Liban (Université St Joseph, Université St Esprit de Kaslik, American University of Beirut....) en se dotant de logiciels anti-plagiat pour combattre les tentations de leurs étudiants....

 

 

 

Montréal, le 30 mars 2011.

 

Plagiat à l’heure de la mondialisation

 

Sur invitation de l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques (AMOPA), j’ai prononcé une conférence à Strasbourg, le 19 octobre 2009. Le texte de ma conférence a été publié dans le numéro 188 (avril/mai/juin 2010) de la Revue de l’AMOPA. Le schéma et le plan de ma conférence correspondaient à ceux d’un livre que je suis sur le point de publier.

En décembre 2010, j’ai découvert qu’un certain Fady Fadel, Vice-recteur et Professeur à l’Université Antonine de Beyrouth, avait publié en juin 2010, dans le journal L’Orient-le Jour, trois articles qui copiaient, en général mot à mot et parfois avec des modifications tout à fait mineures, de larges passages de ma conférence. Les trois articles ont également paru dans d’autres publications sous la signature de Fady Fadel.

Le 9 décembre 2010, j’ai adressé une mise en demeure au Professeur Fady Fadel. Dans ma lettre, j’ai dénoncé le « plagiat éhonté » dont il s’était rendu coupable, en ajoutant que « dans ma longue carrière, je n’ai jamais été confronté à un cas aussi flagrant de plagiat, évidemment indigne d’un universitaire qui se veut respectable ».

En janvier 2011, le Professeur Fady Fadel m’a d’abord répondu qu’il avait chargé un groupe d’étudiants de lui préparer une note. Il m’a ensuite fait savoir que le texte envoyé au journal L’Orient-le Jour « en son absence », « ne contenait pas du tout les références et les citations qui figuraient dans la version authentique (dont bien entendu votre nom et la note explicative relative à notre inspiration de votre plan et de votre approche) ». Dans le but de « réparer cet incident », le Professeur Fady Fadel m’a invité à Beyrouth « comme invité d’honneur », tous frais payés. J’ai ignoré cette invitation.

Le Professeur Fady Fadel a finalement publié, dans L’Orient-le Jour et dans les autres publications où « ses » articles avaient paru, une mise au point selon laquelle « il a manqué, par mégarde bureaucratique, les notes en bas de page qui devaient spécifier que la communication s’inspire fortement de l’approche et du plan de travail développés par le Professeur Peter Leuprecht dans sa conférence prononcée le 19 octobre 2009 à Strasbourg et publiée dans le numéro 188 de la Revue de l’AMOPA ». Cette formulation relève évidemment de l’euphémisme ou de l’ »understatement », car en réalité il s’agit de bien plus que d’une « inspiration ».

Il va de soi que j’ai informé l’AMOPA du plagiat dont sa Revue et moi-même étions victimes. Ayant constaté le plagiat, Monsieur Patrice Henriot, Secrétaire Général administratif de l’AMOPA, m’a écrit :

« Pour des raisons que vous comprendrez aisément, nous estimons qu’il vaut mieux ne pas jeter d’huile sur le feu, surtout lorsqu’il a pour lieu des régions où il se propage aisément…C’est après tout un honneur que d’être pillé. Cela montre et l’intérêt du texte ainsi mis à contribution, et celui que présente la Revue dont il est l’hôte. »

Étonnante indulgence de cette noble institution dont d’ailleurs le Professeur Fady Fadel fait partie; il est Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques.

Dr. Peter Leuprecht

Professeur de droit international public
Ancien Directeur de l’Institut d’Études Internationales de Montréal
Ancien Doyen de la Faculté de Droit de l’Université McGill, Montréal
Ancien Directeur des Droits de l’Homme et Secrétaire-Général Adjoint du Conseil de l’Europe

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 14:06

Comment commenter l'action de la communauté internationale contre Khaddafi ? Sujet difficile tant l'action de M. Kadhafi est contestable… Ce qui est incontestable, c'est que la Ligue Arabe et le Liban (le premier ministre anglais David Cameron le rappelle sans cesse lors de ses interviews), ont fortement supporté la résolution Onusienne visant à instaurer une zone d'exclusion aérienne avant aujourd'hui de manifester des réserves. Ce-faisant, par leur engagement initial, ils ont de facto, servi la cause du Président Sarkozy soucieux de redorer son blason et celui de la France après les maladresses hexagonales sur les questions tunisiennes et égyptiennes. Pourtant au premier jour des interventions militaires visant selon la résolution Onusienne, à limiter le potentiel du colonel Kadhafi à nuire à son peuple, ou sont les arabes ? Ou est le Liban de Mikati et du Hezbollah ? Seul le Qatar promet timidement de participer à la coalition militaire et les Emirats-Arabes-Unis y songent…  En bref, les arabes (Ligue Arabe et Liban en tète) ont appelée à défendre le peuple libyen mais sans se mouiller… Un beau signe de lâcheté ou d'hypocrisie quand au même moment les armées du Golfe entrent à Bahreïn pour y mater la population… Au lendemain d'un discours hallucinant de Sayed Hassan Nasrallah approuvant l'intervention franco-anglo-américaine sur la Lybie en vertu des suspicions récurrentes des chiites libanais sur le régime de Kadhafi pour la disparition de l'Imam Moussa Sadr en 1981, la position du Hezbollah et du Liban est-elle tenable ? Peut-on soutenir l'action militaire occidentale contre Kadhafi et fermer les yeux sur ce qui se passe à Bahreïn ou en Syrie ? Une seule chose est certaine… Le monde arabe est en crise… Et nul ne sait quelle en sera l'issue…     

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Vendredi 18 février 2011 5 18 /02 /Fév /2011 18:46
I have a dream…. Je fais le rêve que soucieux du respect de la liberté d'expression en Iran comme elles disent l'être ailleurs (en Tunisie, en Egypte, notamment…), les puissances occidentales (notamment américaines) mettent Ahmadinejad face à ses responsabilités en lui proposant un marché: -Il laisse Mir Hossein Moussawi et Mehdi Karroubi, leaders de l'oppositions mais respectueux de la République Islamique et leurs partisans, s'exprimer librement et organise de nouvelles élections législatives anticipées sous contrôle conjoint de la communauté internationale et d'éminences religieuses chiites indiscutables (S'il gagne ces élections, ce qui comme nous l'écrivions dans ces pages il y a un an, n'est pas impossible, il sera légitimé). En contre partie, on autorise l'Iran à développer un programme nucléaire civil (comme l'Inde que les américains et les français soutiennent sans réserves alors que les indiens sont en conflit ouvert avec le Pakistan qui possède l'arme nucléaire ce qui pourrait laisser planer un doute sur des utilisations dérivées….) voire militaire (car sinon, pourquoi ferme-t-on les yeux sur le nucléaire disraélien ?). Avec un tel marché, Ahmadinejab et la théocratie iranienne seraient piégés et les pasdarans ne pourraient plus réprimer les protestations comme ils l'ont fait avant-hier (Bilan: deux morts) ni les députés demander la pendaison de Moussawi et Karroubi, ce qui est honteux pour un pays civilisé comme l'Iran, pays dont j'apprécie le modernisme autant que l'histoire en dépit des préjugés de certains occidentaux… Une telle option conduirait de plus les israéliens à s'asseoir à une table avec les iraniens comme russes et américains aujourd'hui dans le cadre des programmes Stark de réduction des équipements militaires nucléaires… N'est-ce pas la voie de la raison et de la cohérence ? 18-02-2011
Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 17:27

Lisant mon blog, une amie libanaise trouvait que j'étais partialement critique envers les "gentils" libanais… Est-ce vrai ? En partie sans doute car en tant que participant-observateur de la vie libanaise, j'exprime dans mon blog ce que je vis et ressens… Pour autant, tous les libanais sont-ils vraiment "bons et gentils" ? Sans doute pas, et j'assume donc pleinement l'objectivité partielle de mes propos... Je me réfère alors au concept d'objectivation participante de Bourdieu…

Ceci dit, la révolte de mon amie libanaise illustre ce que je m'interdisais d'écrire jusqu' à présent. Plus qu'aucun autre peuple, le peuple libanais est complexé. Dans aucun pays comme celui-ci, on ne voit des habitants pressant le touriste de leur dire que leur pays est merveilleux… jusqu'à l'aberration. Pour satisfaire le libanais, il faudrait par exemple, admettre que les grottes de Jeita certes splendides et que je fais visiter à tous mes hôtes,  sont les plus belles du monde. Or Dieu (s'il existe, ou au moins la Nature sinon) a voulu (Dieu merci…) que de telles beautés transcendant les âges existent aussi ailleurs: A Bettharam, prés de Lourdes, en France, à Cheddar en Angleterre, à Kango en Afrique du Sud ou encore à Carlsbard au Nouveau Mexique… L'attitude libanaise sur ce point prouve un défaut libanais récurrent que je dénonce dans ce blog à savoir, le libano-centrisme

Alors, les libanais sont-ils tout beaux et tout gentils ?  Evidemment non…

Faut-il blanchir ces libanais qui m'emploient (aujourd'hui l'ISAE-CNAM, hier le CUT) et qui refusent de payer une caution récupérable de 1000 dollars pour que je puisse obtenir un permis de travail ? Faut-il blanchir les aberrations légales dont ce blog se fait l'écho ? Dois-je accepter que ces situations aberrantes minent mon couple et que mon fils né à Beyrouth ait si peu de droits dans ce pays  ?

Faut-il accepter l'incompétence des gestionnaires d'Electricité du Liban qui malgré des accords avec la Syrie, maintiennent le Liban en l'état de pays sous-développée soumis a des coupures aléatoires et importantes sur le pays ?  

Faut-il blanchir le racisme des libanais envers les sri-lankais, les philippins et les éthiopiens qu'ils emploient ? Je me souviens d'une anecdote terrible sur Bchamoun ou j'habite. Les animateurs du centre commercial reprochaient a un ouvrier de la Sukleen (l'entreprise de nettoyage public) d'utiliser trop longuement leur distributeur automatique de billets alors qu'un autre plus haut était à sa disposition, comme s'il ne s'agissait pas d'un bien ouvert à tous…

Alors que j'accusais un universitaire de plagiat pour ses documents de cours et exercices reproduisant les travaux de l'éminent Jacques Généreux puisqu'il ne citait jamais cet auteur, faut-il approuver mes pseudo-collègues universitaires qui me disent "Au Liban, c'est normal.." ?

Question d'éthique et de valeurs je ne m'y résignerai jamais. Alors, si en vertu de ces positions anticolonialistes, antiracistes et justes, on me considère comme opposé au Liban et aux libanais, c'est pour moi, un honneur. Ceci ne m'empêche pas de défendre le Liban et les libanais face aux outrages et aux abus israéliens (notamment au travers de mon ouvrage: "Témoin au Liban avec le Hezbollah"). Mais si je défends le Liban contre Israël en soutenant l'action de résistance du Hezbollah quand elle est légitime, je dois aussi défendre la propriété intellectuelle contre les pseudo-universitaires libanais et je dois aussi défendre les africains et les sri-lankais contre le néo-colonialisme de quelques businessmen libanais. Etc. Sinon, je serais en schizophrénie.

Alors, aux donneurs de leçons, je dirais, reprenant les propos de Jésus-Christ, e chasser la poutre de leurs yeux avant de chasser la paille qui dans mes yeux en instruisant ce blog.  Et quelques seuls mots: Vive la France (malgré Nicolas Sarkozy et son inconsistance…). Vive un mandat sur le Liban, qu'il soit turc (ottoman) ou syrien…  pour sortir les libanais de leur torpeur claniste…. Ensuite seulement, il leur appartiendra de rejoindre le combat des pays arabes contre leurs dictatures sans pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain… ce qui n'est pas gagné (Tunisie, Egypte, A qui le tour: Bahrein, Yemen, … ?)

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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