Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 22:28

Il y a cinq jours, le New-York-Times rapportait que plusieurs entrepreneurs libanais exerçant en Afrique sont suspectés (sans preuves formelles comme le confirme la justice libanaise) de complicité de blanchiment d'argent de la drogue au profit du Hezbollah. Une plainte civile a été déposée aux Etats-Unis contre plusieurs établissements libanais parmi lesquels la banque Libano-Canadienne (LCB), la compagnie de change Hassan Ayash et Ellissa Holding. Selon l'accusation qui souhaite ainsi récupérer leurs avoirs, ces établissements et d'autres entrepreneurs libanais en Afrique, seraient liés au trafic d'Ayman Joumaa inculpé par contumace aux Etats-Unis  le 23 novembre dernier pour blanchiment d'argent et trafic de cocaïne, exportée du Mexique vers les Etats-Unis. Si l'acte d'accusation est alors assez confus puisque selon l'AFP, les incriminés au civil américain sont au contraire suspectés de virer des fonds depuis le Liban jusqu'aux Etats-Unis, où ils servaient à acheter des voitures d'occasion qui étaient ensuite acheminées en Afrique, principalement au Bénin, il est également notoire que la personnalité de certains des mis en cause accroit le doute sur le bien fondé des accusations. Certains d'entre eux bien que chiites sont notoirement hostiles à l'idéologie du Hezbollah ce qui ne les empêche pas de saluer son efficacité militaire au service de la résistance de leur pays. Il va sans dire qu'il s'agit pour les Etats-Unis en ces heures troubles dans les relations américano-iraniennes et incertaines en Syrie, de mettre la pression sur le Hezbollah dans le prolongement des accusations précédentes de l'OFAC en Janvier 2011 contre la Lebanese Canadian Bank et conduisant à son acquisition à très bon prix par la Société Générale (SGBL)…

Pour autant, s'il y a des raisons de ne pas croire au bien fondé des accusations américaines contre les entrepreneurs libanais incriminés, il convient aussi de comprendre comment ils ont pu se retrouver dans une telle tourmente. La réponse est simple. Ils créent des écrans de fumée qui peuvent laisser croire à un incendie même si en l'occurrence, contrairement au dicton populaire, il peut y avoir de la fumée et des fumigènes sans qu'il n'y ait de feu. Mais il faut tenir compte du fait que le pompier américain est assez tendu et se veut vigilant pour justifier sa rhétorique anti-terroriste.

 

De fait, transporter des valises de billets comme le font notoirement la plupart des libanais possédant des affaires hors du pays des cèdres (y compris de hauts dignitaires politiques de toute confession voire alliées des américains, propriétaires de belles affaires en Europe comme de fameux restaurants ou viennent manger les élites politiques occidentales), c'est un jour s'exposer aux menaces d'accusation de blanchiment ou d'évasion fiscale… En outre, il est avéré et j'ai pu m'en rendre compte par quelques observations participantes, que la gestion des libanais est bien souvent non rigoureuse et irrationnelle. La comptabilité est floue. La vision stratégique fluctue au gré du vent et du flair de l'entrepreneur. Le revirement d'ADMIC (qui gère les enseignes Monoprix et BHV au Liban) est assez révélateur de ce dernier aspect. Il y a deux ans et demi, ADMIC revendait tous ses magasins (sauf le BHV de Dora) à un groupe Koweitien, TSC, (dans une pure logique financière) et aujourd'hui, l'entreprise rouvre un Monoprix et un BHV à Jnah à 50 mètres du grand TSC-Plus qui abritait hier ces deux enseignes. Un tel comportement ne saurait s'enseigner dans les écoles de gestion.

Un spécialiste libanais de l'Entrepreneuriat, Dr Philippe Zgheib, Professeur Associé a l'American University of Beirut, interrogée par une doctorante aujourd'hui docteur, Lena Saleh, confiait en substance lors d'un entretien qualitatif: "Au Liban, pour les entrepreneurs, l'entrepreneuriat, c'est pas vraiment de l'entrepreneuriat, c'est juste de la débrouillardise". De fait, l'anti-gestion libanaise et ce pseudo-entrepreneuriat contraire à tout ce qu'on enseigne pourtant au Liban dans les grandes universités (USJ, AUB, LAU, USEK…) produit des écrans de fumée qui peuvent laisser croire même à tort, à des incendies. C'est donc le prix à payer pour ces pseudo-entrepreneurs libanais qui refusent les conseils et les enseignements des Sciences de Gestion.

Dr Thierry LEVY-TADJINE, HDR

                                                            Professeur à l'Université St Joseph (USJ)

Par Dr Thierry LEVY-TADJINE
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Commentaires

L'ADMIC ... En fait, l'histoire est plus complexe, ils avaient lancé le BHV etc... et se sont tapés de grosses pertes financières lors des évènements de 2005 et la guerre de 2006. Leur trésorerie étant au plus mal et le Liban étant considéré comme instable, ils avaient décidé de s'expatrier aux Emirats de lancer la franchise des Galleries Lafayette, via la vente de leurs actifs libanais, tout en indiquant vouloir y revenir une fois que cette expatriation soit lancée.
Dubai entre temps est passée par son crash en  2007 ou 2008...

Commentaire n°1 posté par francois le 17/01/2012 à 18h35

Ceux qui sont intéréssés par les sous-bassements théoriques et épistémologiques de ces faits peuvent me contacter pour me demander le texte "Vision stratégique et entrepreneuriat; descente au pays des myopes et des borgnes en compagnie de David Gallula" que j'ai proposé pour le prochain CIFEPME (Colloque Int. francophone sur l'Entrepreneuriat et la PME, Brest, 24-26 octobre 2012).

J'y défends l'idée que la plupart des entrepreneurs libanais sont myopes et ne portent pas de vision stratégique ce qui explique en partie leurs mésaventures souvent m♪0rit♪0es. Bref, ils ne sont pas des Calimero....

 

Commentaire n°2 posté par Dr Thierry LEVY-TADJINE le 26/04/2012 à 13h31

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