Partager l'article ! La crise politico-armée de Mai 2008 et son issue: Cette page regroupe les posters publiés "à chaud" entre le 10 Mai 2008 et le 24 juin 2008. C ...
24 Juin 2008- Un mois de Présidence Sleimane suite à l’accord de Doha et toujours pas de gouvernement, les libanais retrouvant leurs travers et voulant tous être ministres et monopoliser les fauteuils entre amis…. Tout se passe comme si après avoir vécu six mois (de Novembre 2007 à Mai 2008) sans Président, les libanais voulaient suivre l’exemple belge et expérimenter un pays sans gouvernement.
Pendant ce temps, ces deux jours, prouvant qu’ils sont avant tout des politiques, les pseudo « leaders religieux » du Liban tiennent une pseudo « rencontre de dialogue interreligieux » à la Présidence ou nul ne doute qu’ils ne parleront pas de leur foi mais uniquement de la représentation politique de leur communauté…. D’ailleurs, preuve de ce propos, l’un des rares vrais religieux du Liban, homme de bien qui pense surtout à « relier les hommes » (ce que signifie étymologiquement le mot « religion »), le cheikh Mohamed Hussein Fadlallah n’est pas de la partie. Alors, de grâce, ne parlez pas de « dialogues interreligieux ». Ayez au moins la décence de respecter la religion. Parlez de dialogues politiques inter-communautaires. Merci.
par Dr Thierry
LEVY-TADJINE
Lundi 2 juin 2008
Enervant, Etonnant, Emouvant… Ces trios termes résument le Liban et les Libanais et ce qui m’y rattache. La vie au Liban est une perpétuelle oscillation entre ces trois pôles…
Enervants. Les libanais l’ont souvent été depuis deux ans à camper chacun sur leurs positions sans intégrer l’intérêt général jusqu’à cette Etonnant retournement à Doha et l’espoir qui en est né. Il était même à peine incroyable voire indécent pour certains, de voir les ennemis de la veille plaisanter et partager leur repas comme de vulgaires camarades. C’est aussi le coté émouvant du pays du Cèdres. Le soufflé a semblé retomber avec, contre toute attente, la désignation de Fuad Siniora comme Premier Ministre ainsi que nous l’évoquions dans le poster précédent. Et pourtant, contre toute attente encore, les signaux restaient favorables et porteurs d’émotion alors que le Premier Ministre consulte… En effet, ce dimanche, 1er Juin 2008, est un jour historique pour Nessim Nisr qu’Israël vient de relâcher après six ans d’emprisonnement. Et parallèlement, on projette d’autres libérations en échange des dépouilles des soldats de Tsahal tués en 2006 par les combattants du Hezbollah qui dit aussi son ouverture à discuter de son armement dans le cadre d’une stratégie de défense du territoire par l’armée. La bonne volonté des leaders des différentes factions semble avérée. Les libanais peuvent espérer. Hélas quelques énergumènes et ennemis du Liban subsistent et cherchent à casser l’Espoir… Toujours les mêmes. C’est énervant….Dimanche, l’Armée Libanaise a abattu un kamikaze palestinien qui portait une ceinture d’explosifs et voulait se faire exploser à l’entrée du camp de Ain-Helwe (45000 habitants) à Saida. Le terroriste semble appartenir au groupe islamiste Jound-El-Cham. Un peu avant, un soldat a été tué par une charge explosive près de Tripoli au Nord du Liban. Le fantôme de Nahr-Al-Bared (ou l’armée libanaise avait affrontée les extrémistes du Fatah-Al-Islam l’été 2007) resurgit à l’heure ou les libanais semblent en mesure de fonder leur unité et de régler le sort de leurs prisonniers détenus par Israël. Espoir et Expectative s’entrechoquent alors.
Le 2 Juin 2008.
par Dr Thierry
LEVY-TADJINE
Jeudi 29 mai 2008
Alors que selon les dires mêmes du Sayed Hassan Nasrallah, « l’élection du Président Michel Sleimane au poste de Président de la République ouvrait des espoirs d’une ère nouvelle pour le Liban » et que l’accord de Doha visant à la constitution d’un gouvernement d’Union Nationale ouvrait la voie à une résolution des tensions, le soufflé est vite retombé. La cuisine politique libanaise est d’assez mauvaise facture.
Refusant de prendre ses responsabilités de leader de la Majorité parlementaire et sans doute bien mal conseillé, Saad Harriri a décliné la fonction de Premier Ministre et finalement, les députés de son camp ont choisi de reconduire Fuad Siniora. Ce choix, entériné par le Président, a deux conséquences à l’heure ou l’intéressé consulte pour constituer son « gouvernement d’union nationale ». Premièrement et c’est bien le paradoxe, le Liban est à nouveau divisé. Lors du vote au Parlement, M. Fuad Siniora a recueilli 68 voix en sa faveur contre 58 en sa défaveur. La fracture demeure. Pire, elle est à nouveau perceptible dans la rue. Dés Lundi, des affrontements armés ont fait des blessés à Beyrouth et un soldat a même été tué Mardi lors d’affrontements entre milices des deux camps à Doha au Sud de Beyrouth. Par la stupidité de la classe politique libanaise, les espoirs de pacification nés de l’accord de Doha se sont envolés. Les libanais ont un Président de Consensus mais dé le lendemain, ils choisissent un Premier Ministre de la désunion nationale chargé de désigner un gouvernement d’union voué à l’échec. Interrogé au soir de la désignation de M. Fuad Siniora, le Général Aoun déclarait que lui et ses alliés « seraient au gouvernement, en opposition ». En termes clairs, tout sera bloqué puisque l’opposition disposera de son tiers de blocage et que la Majorité, par orgueil des uns et par défaut de responsabilité des autres, n’a pas eu la sagesse de désigner un homme neuf au sortir de la crise, ce que pourtant, on apprend dans toutes les bonnes écoles de Management, écoles que la classe politique libanaise a semble-tt-il déserté…
Est-ce qu’un jour, le peuple libanais saura mettre dehors ses mauvais politiciens ? Hélas pour lui, malgré les menaces, ils sont rentrés de Doha tels qu’ils étaient partis : méprisants et machiavéliques, servant l’esprit de clan avant l’intérêt général. Dans ces conditions, le Liban n’est toujours pas une démocratie.
par Dr Thierry
LEVY-TADJINE
Mercredi 21 mai 2008
Comme par un coup de baguette magique, les politiques libanais viennent enfin de s’entendre à Doha grâce à la médiation pugnace des Qatari. Alors que les positions semblaient inconciliables depuis un an et demi, il aura fallu les victimes du 7 Mai 2008 et des jours suivants pour qu’enfin, la magie opère, preuve, une fois de plus, que le Liban n’est pas un pays comme les autres…L'accord inter-libanais a stipule : -l’élection présidentielle très prochaine du Général Michel Sleimane qui faisait consensus, -l’application de la loi électorale de 1960 pour les prochaines élections législatives, -la démission de l’actuel gouvernement de M. Fuad Siniora et l’instauration d’un gouvernement d’unité nationale que réclamait l’opposition. Ce gouvernement qui sera désigné par le futur Président sera l’objet d’un savant dosage puisqu’il inclura le tiers de blocage pour l'opposition (soit 11 sièges), la moitié+1 pour les loyalistes (soient 16 sièges) et 3 sièges pour le Président de la république. Conséquemment, l’opposition lève son « sit-in » du centre ville et en particulier, les tentes en place depuis plus d’un an et demi. Il est convenu par toutes les parties que la question sensible de l’armement du Hezbollah sera discuté ensuite à Beyrouth, les libanais reconnaissant de facto qu’il s’agit d’une affaire libano-libanaise renvoyant à la question des frontières et de l’intégrité territoriale du pays. Espérons donc que la magie ne soit pas qu’illusion. 21 Mai 2008
par Dr Thierry
LEVY-TADJINE
Lundi 19 mai 2008
Pour mettre fin a la crise, les responsables politiques de tous les camps libanais sont partis Samedi 17 Mai au Qatar. Certains libanais avec un humour caustique qui traduit leur désarroi et leur lassitude disaient Samedi que c’était a ce moment qu’il aurait fallu bloquer l’aéroport pour empêcher les deux avions officiels de revenir, preuve du discrédit de la classe politique dans son ensemble. Les négociations en cours redonneront-elles crédit a une classe politique collectivement responsable d’avoir laissée pourrir la crise pendant un an et demi jusqu'à l’embrasement ? Les échos de Doha obligent à la prudence et à l’espoir. En attendant, les libanais retiennent leur souffle. Aujourd’hui, en allant enseigner au CNAM, à Beyrouth, dans un quartier proche des zones sensibles de la semaine dernière, j’étais étonné de constater a quel point, dans l’attente, la peur et l’appréhension dominaient chez mes étudiants. Espérons que la Montagne de Doha n’accouche pas d’une souris ? Car elle risquerait d’etre une mutante vorace… ?
par Dr Thierry
LEVY-TADJINE
Mercredi 14 mai 2008
13 Mai 2008 - L’espoir reporté
Contre toute attente, la partie d’échec en cours entre l’opposition et la majorité libanaises se prolonge.
La majorité gouvernementale, forte du soutien inconditionnel que lui manifeste l’administration Bush, campe sur ses positions et s’y enferme en rajoutant de l’huile sur le feu. Fuad Siniora déclarait aujourd’hui que Hassan Nasrallah méritait la prison. Dans ces conditions, la séance parlementaire qui devait permettre l’élection d’un Président au Liban et qui était fixée à ce Mardi 13 Mai a encore été reportée… au 10 juin… Les politiques libanais qui ont la verve facile et qui monopolisent l’espace télévisuel dans les journaux télévisés se donnent encore un mois pour occuper le devant de la scène et se lancer menaces et petites phrases. Pendant ce temps, qui se soucie au Liban qu’il y ait 2000 morts dans un tremblement de terre en Chine ? Les politiques libanais, nombrilistes et les journalistes complices, se masturbent en évoquant le dialogue qu’ils refusent. L’espoir est donc reporté. Pourtant, la crise dont les affrontements des derniers jours pouvaient constituer une sous-paie de sécurité datent d’un an et demi. Un an et demi de dialogue altéré. Et aujourd’hui, ils remettent le couvert comme si rien ne s’était passé. Ils s’en remettent à la Ligue Arabe attendue ce Mercredi à Beyrouth. Pourtant toutes les médiations antérieures ont échoué. Bref, on revient au point de départ. Il n’y a pas de gagnant à la partie d’échec en cours. Que des perdants. On aurait pu espérer qu’il en aille autrement en entendant Saad Hariri reconnaître que la remise en cause du système de télécommunications de la résistance et que le limogeage du responsable de la sécurité de l’aéroport qui ont mis le feu au poudre, étaient des décisions « fâcheuses » du gouvernement. On aurait pu espérer en entendant Walid Joumblatt appeler au dialogue. On aurait pu espérer en voyant l’armée libanaise s’affirmer et révoquer les décisions contestées du premier Ministre. On aurait pu espérer en voyant la fin des affrontements armés sur le terrain. Lundi soir, nous sommes allés à MarElies ou tout a commencé et dégénéré Mercredi… Tout était calme. Aucun milicien en armes conformément aux accords avec l’armée. Juste quelques routes barrées et des monticules de terre. On aurait pu espérer alors que les libanais règlent entre eux cette affaire libano-libanaise…. C’était sans compter sur la classe politique qui aujourd’hui porte la responsabilité collective de l’enlisement. A trop se laisser influencer par l’extérieur, certains en oublient le Liban. A trop dire que le Liban est un petit pays, sujet des influences extérieures, chacun se dédouane de ses non prises de responsabilité. Le Hezbollah pointé du doigt comme coupable idéal n’est donc pas le coupable ou du moins, pas le seul coupable. D’ailleurs, sur le terrain des affrontements, du moins Beyrouth-Ouest, et contrairement à ce qui s’entend au Liban, les militants du Hezbollah n’étaient pas en première ligne face aux miliciens du Courant du Futur. Ceux d’Amal tenaient les barricades, canalisés et encadrés par le Hezbollah comme le notent respectivement les journalistes du Figaro (9 Mai 2008) et Scarlett Haddad, éditorialiste de L’Orient le Jour, pourtant peu suspecte de sympathie pour le Hezbollah. Les premiers soulignaient que le Jeudi 8 Mai 2008, dans Beyrouth-Ouest, ce sont surtout les « miliciens à bandeau rouge » du mouvement Amal qu’on rencontrait, armes automatiques à la main pour faire face aux miliciens du courant du Futur. Pour eux, « le parti d’Hassan Nasrallah hésitait à engager son armée privée » sur le terrain des combats internes puisqu’elle est « destinée selon lui à combattre Israël ». Mais le journaliste soulignait que pour autant, « les conseillers et la logistique du Hezbollah » étaient bien présents, limitant sans doute les dérives et canalisant les miliciens d’Amal ce que la journaliste de L’Orient-le-Jour admettait : « les partisans de l’opposition ont agi selon un plan précis avec des directives très strictes : pas question de procéder à des actes de vengeance et à des règlements de compte. Lorsque la permanence » du Courant du Futur « est investie, les personnes qui s’y trouvent sont invitées à se retirer et sont remises aux unités de l’armée libanaise… » (Extrait de L’Orient-Le jour, 10 Mai 2008).
A titre d’illustration de ce qui précède, 90 jeunes du Mouvement Amal de Sarafand sont ainsi montés à Beyrouth-Ouest pour manifester et éventuellement combattre. L’un d’eux est mort. Pour eux, c’était un combat rempli d’espoir de justice pour que la Résistance soit reconnue, pour que leurs voix soient entendues… Hélas, plus personne n’écoute personne…
N’y a-t-il donc plus de sage au Liban ? Dans les barricades et en gagnant la bataille de Beyrouth Ouest, les militants du Hezbollah et d’Amal reconnaissaient une certaine sagesse à Rafic Hariri. Ils arrachaient scrupuleusement les portraits de Fuad Siniora et de Saad Hariri mais pas ceux de son père. Un militant a même griffonné sur le portrait du Premier Ministre martyr : « Toi, nous te respectons. ». Effectivement, si on peut critiquer l’affairisme de cet homme (Cf Richard Labeviere, Le Grand Retournement, Seuil), on ne peut lui reprocher son soutien sans faille de la Résistance libanaise comme en témoigne la Lettre ouverte de Sayed Hassan Nasrallah après sa mort (Lettre initialement publiée dans le quotidien libanais As-Safir, reproduite dans Le Figaro du 13 Avril 2005 et en ligne sur le site du Réseau Voltaire). L’auteur y est très explicite.
« Le 14 février, un crime effroyable a coûté la vie à l’ancien premier ministre Rafic Harriri, un homme ayant consacré sa vie et son énergie au service de son pays et de sa reconstruction. Après son accession au poste de premier ministre, nos relations avaient évolué avec le temps pour se transformer en amitié solide et en entente réelle sur l’ensemble des enjeux cruciaux liés à la sécurité du Liban et à l’avenir de son peuple. Nous étions en parfait accord sur la nécessité de préserver la résistance et sa capacité de riposte face à toutes agressions israéliennes éventuelles, dans le cadre de la stratégie défensive de l’Etat libanais.»
A la rigueur, on pourrait reprocher à Rafic Hariri un soutien à la Résistance par lâcheté, pour se dédouaner de ne pas investir pour équiper son armée ou pour avoir les mains libres pour mener ses affaires et celles de Solidere. Mais sans plus. Le Liban est aujourd’hui l’héritier de ces tractations. Et alors que Jeudi et Vendredi, l’aviation israélienne survolait encore le Sud-Liban, vouloir remettre en cause la Résistance sans régler le différend territorial et politique et la question des prisonniers avec Israël, c’est mettre la charrue avant les bœufs…, raison pour laquelle Saad Hariri qu’on ne peut taxer d’etre pro-sioniste, s’est facilement départi de la position de son Premier Ministre….
N’y a-t-il donc plus de sages au Liban aujourd’hui ?
Comme nous le mentionnions en condamnant précédemment les propos déplacés du Mufti de la République comme un appel a la haine, s’il y a des sages, ils ne sont pas a rechercher chez les religieux libanais ou alors seulement chez quelques-uns d’entre eux, ceux qui savent faire la distinction entre le jeu des politiciens et le discours de paix propre aux hommes de religion. Le Sayed Mohamed Hussein Fadlallah est de ceux la, lui qui appelait les religieux a leur rôle strict, dans sa prière de Vendredi dernier.
S’il y a peu de sages au Liban, il reste quelques comportements sages qui autorisent encore un peu d’espoir pour ce pays :
-ceux des sidoniens, les habitants de Saida qui comme lors de chaque conflit, gèrent rapidement leurs divisions pour éviter l’escalade. Ainsi, les combats qui ont touchés Saida Vendredi soir ont rapidement été stoppés même s’il y a eu deux morts de trop.
-ceux de Walid Joumblatt et de l’Emir Talal Arslane qui ont dépassés leurs divisions (le premier est un chef de file de la majorité, le second appartient a l’opposition) pour éviter que le sang druze ne coule trop au Mont-Liban.
-ceux de l’armée libanaise, exemplaire comme nous l’avons déjà mentionné.
A l’image des sidoniens et des druzes, les libanais sauront-ils enfin vraiment dialoguer ?
On ne peut que l’espérer en rappelant comme le font les militants d’ATTAC Liban
(http://lubnan.attac.org/spip.php?article127) que ce sont les citoyens et d’abord les plus pauvres, qui pâtissent du dialogue de sourd des politiciens.
par Dr Thierry
LEVY-TADJINE
Samedi 10 mai 2008
10 Mai 2008: Vers la paix sociale et politique ? Ce samedi Apres-Midi, nous avons pu faire la route de Jounieh (30 Km au Nord de Beyrouth) à Sarafand au Sud de Saida, sans encombres et sans barrages miliciens (en contournant le seul barrage qui subsiste aux abords de l'aéroport). L'armée libanaise est déployée et il y a lieu de saluer le travail formidable des soldats libanais qui pour l'instant, maintiennent l'ordre tandis que les politiques des deux camps négocient la sortie de crise (désignation d'un Président et d'un Premier Ministre de consensus; gouvernement d'union nationale; etc). Bref, tout est encore possible, le pire comme le meilleur. C'est l'heure des surenchères (comme celles des américains qui veulent saisir le Conseil de Sécurité contre le Hezbollah alors qu'il s'agit d'une affaire libano-libanaise) et des débordements possibles d'extrèmistes qui veulent jeter de l'huile sur le feu. Ainsi, selon l'AFP, deux membres du Hezbollah auraient été fusillés puis poignardés par une milice pro-gouvernementale cet après-midi à Aley, à l'Est de Beyrouth, et un troisième home est porté disparu. Pour le reste, "A Beyrouth, la présence des éléments armés a diminué de manière significative et il n'y a plus de danger pour les civils", selon un porte-parole de l'armée. Le Liban retient son souffle.
par Dr Thierry LEVY-TADJINE
Samedi 10 mai 2008
9 Mai 2008 Liban: L’abcès enfin crevé ?
Certes, vu d’Occident, les images des affrontements entre miliciens du Futur (le parti de Saad Hariri) d’un coté et miliciens du Hezbollah et du mouvement Amal sur Beyrouth font peur et réveillent le spectre de la guerre civile. En fait, malgré 16 regrettables morts de part et d’autre, on peut aussi y voir un mal nécessaire pour qu’enfin, les deux camps se mettent autour de la table du dialogue et puissent élire un Président. En effet, depuis un an et demi, les affrontements, moins médiatisées, étaient réguliers. Bref, il est possible de rester positif. Durant ces trois derniers jours de tension, l’armée s’est affirmée comme véritable institution neutre au service du pays et son chef d’Etat-major, pressenti pour etre le futur Président, le Général Michel Sleimane, a su faire preuve de sang froid en refusant de déclarer le couvre-feu et l’état d’urgence comme l’y invitait le Premier Ministre, Fuad Siniora qui est à l’origine des tensions. La source de la crise latente de ces derniers jours tient indiscutablement a sa remise en cause du droit de la résistance à posséder son propre réseau de télécommunications (celui qui lui a permis de tenir tête à l’agresseur à l’été 2006), acte qu’aujourd’hui, dans un souci d’apaisement, Saad Hariri qualifie lui-même de « décision fâcheuse ». Ce faisant, Saad Hariri marche sur les traces dignes de son père martyr. Si l’on peut critiquer l’affairisme d’Etat de Rafic Hariri selon l’expression de Richard Labeviere, on ne peut pas lui reprocher son indéfectible soutien à la résistance libanaise par rapport à son voisin israélien. Or aujourd’hui, M. Fuad Siniora, sans pour autant envisager un traité de paix avec Israël qui supposerait un règlement des causes du conflit (la restitution des terres libanaises annexées par l’Etat hébreu et la libération des prisonniers détenus de part et d’autre ainsi que le strict respect de l’intégrité territoriale libanaise par l’aviation israélienne qui régulièrement viole l’espace aérien du pays des cèdres) proposait de désarmer la résistance. Acte anti-patriotique s’il en était. Comme l’énonçait en Février 2006, le Général Michel Aoun, la question de l’armement du Hezbollah pourra etre discutée dés lors que la résistance n’aura plus lieu d’etre. M. Siniora et les américains, dans leur diabolisation du Hezbollah, voulaient eux, mettre la charrue avant les bœufs. De ce fait, même si ses miliciens ont perdu sur le terrain face au Hezbollah et a ses alliés, nous considérons que M. Saad Hariri est aussi un des gagnants du conflit. Au sein du Futur, sa ligne a gagné contre la ligne Siniora qui bénéficie d’un soutien sans faille et pour le moins, suspect, de l’administration Bush, la même qui a supporté l’offensive israélienne de 2006. Bref, ce soir, on est en droit d’espérer que le Liban ait gagné. Certes, on peut regretter le gâchis. Mais le gâchis ne se résume pas a ses trois jours tendus. Le gâchis doit etre mesuré a la lumière de la durée de la crise. Aujourd’hui, on revient à la table du dialogue avec deux options possibles, lesquelles étaient déjà envisagées il y a plus de six mois lors des tractations pour trouver un successeur consensuel au Président Lahoud. La première option évoquée consiste à confier la Présidence au Général Sleimane et a trouver un premier ministre sunnite aussi consensuel que lui ce qui met hors-jeu M. Siniora. L’autre option consiste en un ticket Aoun-Hariri déjà envisagée par le passé. Bref, et nous ne pouvons que l’espérer ce soir, la crise patente de ces derniers jours aura permis, d’une façon ou d’une autre, de crever un abcès profond pour le pays des cèdres.
Dr Thierry LEVY-TADJINE
Professeur- Associé à l’USEK (Liban)
Directeur du CIRAME
par Dr Thierry LEVY-TADJINE