La guerre de l'été 2006-Archives et analyses à chaud

Ces archives sont issues de notre Blog alimenté durant le conflit 
(http://dr-thierry-levy-tadjine.blogs.nouvelobs.com/archive/2006/08/index.html)

Pour ceux qui souhaitent complèter leurs vues sur le Hezbollah, on peut aussi conseiller le blog engagé de:
http://hezbollah.over-blog.net/


23.08.2006

Quelle reconstruction pour le Liban ?

 

Etat dans l’état pour les uns, seul secours pour les autres, le Hezbollah est à l’oeuvre pour subvenir aux besoins des 7000 libanais qui n’ont plus de toits et pour déblayer les gravats de Haret-El-Hrek (banlieue de Beyrouth) et de Nabatye ou nous nous sommes encore rendu ce jour. Il prouve ainsi a ceux qui veulent bien le voir qu’il n’est pas qu’un simple mouvement de résistance armée mais qu’il est aussi un important mouvement social d’aide aux défavorisés dont l’efficacité et la transparence sont exemplaires. Certes, certains peuvent regretter que ce ne soit pas l’Etat libanais qui indemnise les victimes. D’autres regretteront que l’argent vienne d’Iran. Mais qu’importe. La cause est juste et on ne s’inquiète pas autant de ce que les bombes israéliennes viennent des Etats-Unis. La tache de reconstruction est tellement immense qu’il est trop facile de critiquer les bonnes volontés quelles qu’elles soient, qui s’emploient a soulager la misère humaine résultant des destructions de Tsahal. Les ouvriers de l’Etat sont d’ailleurs a pied d’œuvre le long des routes et autoroutes du Sud pour réparer les ponts et chaussées. Il reste aussi que dans les villages reculés, il convient de faire parvenir de l’aide humanitaire a ceux qui n’ont plus d’emploi.
La reconstruction morale du pays est aussi en route. A Haret-El-Hrek ou les destructions sont encore plus importantes que lors de notre dernier passage, le 20 juillet, les sans toits se regroupent au pied de leur immeuble et partagent le café en espérant récupérer quelques biens personnels tandis que les bulldozers déblaient. Notre étudiante, Lena est de ceux la, avec sa famille. En une semaine, le discours de cette chiite modérée s’est considérablement durci, preuve que l’opération israélienne a finalement eu l’effet contraire à celui escompté en renforçant la crédibilité et la notoriété du Hezbollah, seule source de fierté face au désarroi d’un immeuble et d’une vie amputés par un bombardement lâche.
Parallèlement, l’aide humanitaire des Nations Unies afflue. Les convois du Programme Humanitaire Mondial sont désormais incessants sur les routes du Sud. Indispensables pour assurer la subsistance de dizaines d’employés dont les usines ont été détruites, d’entrepreneurs ruinés, de cultivateurs et de pécheurs du Sud désormais privés de ressources, ils semblent cependant la bonne conscience de la communauté internationale qui, par la résolution 1701 s’est comme lavée les mains de l’avenir du Liban. Le texte ne résout finalement rien comme le prouvent les tergiversations des pays susceptibles de constituer les forces de la FINUL renforcée et qui refusent de s’engager, faute d’un mandat clair dans la résolution. Le Liban qui a assumé sa part de la résolution en faisant respecter le cessez-le-feu par les combattants du Hezbollah et en déployant son armée au Sud, semble abandonné à son sort tandis que celui des prisonniers et des territoires encore occupés par Israël n’est pas réglé. Pire, le monde semble même tourner à l’envers puisque l’agresseur, Israël, se plait à imposer ses conditions pour la force chargée de contrôler le cessez-le-feu et la mise en œuvre de la résolution 1701 en refusant que des pays n’entretenant pas de relation diplomatiques avec lui (Malaisie, Indonésie notamment) y prennent part et en demandant à l’Italie d’en prendre le commandement. Bref, la communauté internationale n’existe pas. La 1701 n’était qu’un mirage. Et la trêve des hostilités violée Dimanche dernier par l’intervention d’un commando héliporté de Tsahal sur le territoire libanais semble dérisoire lorsque les responsables israéliens, reconnaissant leur défaite, promettent un « deuxième round » contre le Hezbollah. Que fera la communauté internationale pour empêcher celui-ci ? En attendant, fêtant leur « divine victoire » en écho au nom de Sayed Hassan Nasrallah (Nasser signifiant victoire et Allah, Dieu en arabe), les libanais, laissés à eux-mêmes, n’auraient-ils plus que Dieu à qui se fier pour reconstruire et espérer vivre en paix sur un territoire intègre ? N’auraient-ils plus que leur humour et leur solidarité pour lutter contre l’inhumanité de leur voisin ?

Dr Thierry LEVY-TADJINE, français résidant au Liban,
Maître de Conférences au Centre Universitaire
de Technologie Franco-Libanais
Liban, le 22 aout 2006.

 

15.08.2006

Liban- Une victoire à consolider

 

Incontestablement, malgré l’ampleur des pertes humaines et des destructions, le Liban a remporte une victoire. La victoire est, en partie le fait de la résistance du Hezbollah, sur le plan militaire. Mais la victoire appartient a tous les libanais ou presque. La guerre a, en effet, mis au jour trois Liban :
-le Liban blessé et saigné par Israël et par son armée sans conscience. Il faut aujourd’hui le reconstruire.
-le Liban de la solidarité et de la résistance. Ces deux Liban, je les aime. Le premier me fait pleurer et souffrir avec ceux qui n’ont plus de maison, qui sont blessés ou qui portent le deuil, avec ceux qui autrefois, avaient déjà reconstruit et pour qui tout est à refaire. Le second Liban me fait fondre et me pousse à m’engager. Ces deux Liban ont fait que j’ai décidé de rester dans ce pays qui m’est cher.
Même sans partager l’idéologie du Hezbollah, ni même l’unilatéralisme de ses décisions dans le conflit, la plupart des libanais a supporté la résistance au nom de la dignité et de l’intégrité du Liban et, plus encore, au nom de la lutte contre la barbarie israélienne. Ce soutien s’est manifesté par toutes les marques de solidarité dont les libanais ont su faire preuve entre eux. Hélas, il y a eu aussi un autre Liban, marginal et minoritaire, -le Liban des gâtés et des parasites. Ceux qui ont exploité la situation en proposant aux réfugiés du Sud, des loyers aux prix inconsidérés. Ceux qui ont vécu dans l’ignorance et le mépris de la guerre qui ensanglante une partie de leur pays. Ceux même qui ont fermé leurs portes aux déracinés du Sud voire qui ont souhaité la défaite du Hezbollah en oubliant qu’en 2000, le Hezb leur avait rendu un peu de dignité. Ceux-la ne méritent pas le pays des Cèdres. Heureusement, ils n’ont pas été les plus nombreux au cours des 33 jours d’horreur que Tsahal a fait subir au pays des Cèdres. C’est pour cela que la victoire est libanaise. Beaucoup de commentateurs étrangers ont été étonnés que le Liban soit aussi solidaire et aussi uni face a l’agression. Israël avait d’ailleurs parié sur une scission entre libanais. Elle n’a pas eu lieu. C’est aussi pour cela que le Liban a commencé d’exister. Chacun y a contribué, la résistance comme le gouvernement. Et ceux qui accusent le Hezbollah de faire le jeu de l’Iran sont bien mal inspirés. En se rangeant sans réserve derrière l’intention gouvernementale d’accepter la résolution 1701 alors que sur le terrain, ses combattants étaient capables d’en découdre avec Tsahal, Sayed Hassan Nasrallah a fait preuve de son amour du Liban. La victoire est donc bel et bien libanaise mais elle reste à consolider. D’une part, la résolution 1701 entretient le flou sur la sortie de crise ; des soldats ennemis occupent toujours le Sud du pays. D’autre part, il ne faudrait pas que certains libanais gâchent aujourd’hui l’unité nationale en ‘tirant’ trop vite des critiques et des exigences inapplicables sur le Hezbollah. Il sera temps après de débattre de nos différences d’approche. Bref, la victoire reste à consolider. En attendant, il faut la savourer. Le peuple libanais s’est montré souverain pour refuser un nouveau Moyen Orient imposé par les Etats-Unis et qui ne tiendrait pas compte des volontés de son peuple. Encore une fois, et plus que jamais, le pays des phéniciens est tel le Phénix.

Dr Thierry LEVY-TADJINE
Maître de Conférences au Centre Universitaire de Technologie Franco-Libanais

Liban, le 15 août 2006.

 

11.08.2006

L’horreur continue....

 

Je n’ai plus de mots. Encore 13 morts ce matin. Israel continue ses bombardements sur des quartiers de Beyrouth jusqu’alors epargnes et suspectes d’abriter des sympathisants du Hezbollah. Si ce n’est pas de l’epuration ethnique.

Il aura fallu au moins un mois... avant une resolution du Conseil de Securite... Je crains que l’ONU n’en soit discreditee.

En attendant que puis-je dire au deplace que j’accueille chez moi et qui a perdu ses deux freres dans le bombardement de sa maison ? Esperer ? Esperer en qui ? En quoi ?

 

09.08.2006

9 Aout. Issue incertaine.

Alors qu’au Conseil de Sécurité de l’ONU, les négociations se poursuivent, la communauté internationale faisant encore preuve de son incapacité à agir et à condamner Israël, les deux adversaires jouent ‘sur le fil’. On sent bien qu’une guerre des nerfs est engagée.
Pour Olmert, il a fallu décider, non sans hésitations, d’autoriser éventuellement Tsahal a dépasser le fleuve Litani et ainsi, risquer de s’embourber au Liban. Olmert joue gros car cela risque de générer des pertes militaires lourdes que son opinion publique ne supportera pas indéfiniment. Signe de la fébrilité israélienne et de l’échec militaire, Udi Adam, qui était chargé des opérations au Liban, a été désavoué et remplacé par le chef d’état-major adjoint Moshé Kaplinsky. Sur un plan militaire, c’est un fait assez rare et tres maladroit : changer un chef en pleine guerre….
De son coté, Sayed Hassan Nasrallah en s’exprimant ce soir, a voulu mettre la pression sur une possible faiblesse du gouvernement libanais au sein duquel (comme israéliens et américains l’oublient régulierement), il est représenté. Il a affirmé que tout accord que le gouvernement accepterait à l’ONU et qui sortirait du plan en sept points de Fuad Siniora que tous les Ministres (y compris Hezbollah) avaient validé, ne serait pas respecté sur le terrain. Il est, en effet, acquis que le Hezbollah va désarmer à l’issue du conflit et se plier à la résolution 1559. Tout comme Ehud Olmert est sensible à son opinion publique, Sayed Hassan Nasrallah doit tenir compte de sa base populaire et ne peut sortir de ce conflit en donnant l’impression d’une guerre pour rien, d’autant que bien que le Liban sera détruit, on sait à présent qu’il ne faudra pas compter sur l’ONU pour condamner Israël. Cet Etat terroriste jouit, en effet, d’une impunité récurrente qui lui permet d’occuper un pays, d’y perpétrer des massacres (Kana en 1996 puis en 2006, Jenin, Sabra, Shattila…..) sans condamnations alors que lorsque l’Irak envahit le Kowait en 1991, sans massacres, la condamnation, légitime, est unanime et rapide. Craignant que l’accord trop tardif du Conseil de Sécurité ne stipule pas qu’il est nécessaire que les soldats israéliens aient quitté le Liban pour que la paix soit envisageable et que l’armée libanaise prenne le relais au Sud, il menace. Comme le précisait le Général Aoun dans Le Figaro Vendredi dernier, l’idée d’une force multinationale qui renforcerait l’armée libanaise est une idée qui souffre d’un sérieux et dangereux flou. Les israéliens la concoivent comme une force qui les remplacerait. Ce faisant, ils poussent le Hezbollah et les autres résistants libanais (car il n’y a pas que le Hezbollah -rappelons que dans les revendications du Hezbollah, figurent l’échange de trois prisonniers libanais détenus en Israël; parmi eux, un des plus anciens résistants communistes à l’occupation israélienne de 1982) a voir cette force comme une force d’occupation…. Pour d’autres, plus sages sans doute, il s’agirait de renforcer l’UNIFIL. Le Hezbollah y est d’accord. Reste à voir l’attitude d’Israël qui, pour l’heure, peut tuer en toute impunité et avec mépris, les observateurs de cette force…. En attendant, au Liban, la guerre continue et la barbarie de Tsahal est toujours à l’oeuvre. Le nombre de civils libanais tués, blessés ou déplacés, victimes d’une curieuse conception de l’auto-défense de la part d’un pays qui ne sait faire que la guerre, augmente d’heure en heure … Et l’issue des combats sur le terrain reste incertaine…. Le seul qui a déjà perdu, c’est le Liban.

Dr Thierry LEVY-TADJINE
Maître de Conférences au Centre Universitaire de Technologie Franco-Libanais.

06.08.2006

Mieux vaut la guerre qu’un accord au rabais

La guerre est toujours horrible. Celle d’Israël contre le Liban est une des plus abjectes puisque l’Etat hébreu qui prétend combattre le terrorisme, se comporte lui-même en terroriste en violant systématiquement les conventions de Genève: -bombardements de civils; -non respect des convois humanitaires; -bombardement d’ambulances; -utilisation de bombes au phosphore et a fragmentation interdites par les conventions; -bombardements de casques bleus; etc.
Pourtant, malgré cela, aujourd’hui, bien qu’espérant le cessez-le feu, j’affirme, pour le Liban que j’aime, qu’il vaut mieux que le conflit continue plutôt qu’un mauvais accord. Le Liban a été attaqué et est aujourd’hui en ruines. Il serait maladroit de la part de la communauté internationale d’aboutir à un accord qui satisfasse Israël sans satisfaire le Liban. Un tel accord comme celui auquel ont abouti ce dimanche français et américains (en l’absence des interesses..., Le Liban et Israel) prône un cessez-le-feu avant tout règlement politique. Cela est naïf. Un véritable accord de paix sérieux suppose le retrait des troupes israéliennes du territoire libanais et la restitution des fermes de Chebaa, objet de la controverse avec le Hezbollah, à l’ONU. Faute de cette direction, on peut aujourd’hui douter de la volonté de la communauté internationale et des Etats-Unis en particulier, d’imposer une paix durable sur le terrain. En plus, la France s’est discréditée aux yeux des libanais meme si dans l’A.M., sur france Info, M. Douste-Blazy disait avoir bien pris note de la decision unanime du peuple libanais par son premier ministre et son president du parlement de refuser le projet de resolution si le retrait israelien n’y est pas mentionne.
L’équation est pourtant simple et les politiques du Hezbollah y sont prêts. Le Ministre du Travail, Trad HAMADE rappelait que ‘les armes du Hezbollah ne sont pas sacrées’ mais qu’évidemment, elles ne sauraient être sacrifiées sans conditions d’autant que sur le terrain, comme le reconnaît ce jour la presse israélienne, l’opération militaire de Tsahal est un fiasco. Le désarmement du Hezbollah pourrait être envisagé dés l’accord mais en contrepartie du retrait définitif et total de Tsahal et de l’échange de tous les prisonniers. Alors seulement, la paix sera possible. Tous ces points figurent d’ailleurs dans le plan en 7 points présenté par le Premier Ministre Fuad SINIORA (cf article ci-apres). Est-ce si difficile ? Fallait-il une guerre pour cela ? A croire que certains ne veulent pas la paix.

Dr Thierry LEVY-TADJINE
Maître de Conférences au Centre Universitaire de Technologie Franco-Libanais.
Liban, le 6 Aout 2006.

Le plan Siniora pour sortir de la crise

Les détails du plan de paix proposé par Fouad Siniora, premier Ministre libanais, lors la conférence internationale sur le Liban qui a réuni quinze pays et trois organisations internationales. Source AFP. Ce texte demande « un cessez-le-feu immédiat et une déclaration d’accord sur les points suivants » :

1- un engagement à relâcher les prisonniers libanais et israéliens par le canal du Comité international de la Croix-Rouge.

2- le retrait de l’armée israélienne derrière la ligne « bleue » (tracée par l’ONU entre le Liban et Israël) et le retour des déplacés dans leurs villages.

3- un engagement du Conseil de sécurité à placer le secteur des fermes de Chebaa sous juridiction des Nations unies.

4- le déploiement de l’autorité du gouvernement libanais sur son territoire au moyen de ses propres forces armées légitimes.

5- le renforcement des forces internationales des Nations unies opérant dans le sud du Liban en nombre, équipements, mandat et périmètre d’opérations autant que nécessaire pour entreprendre le travail humanitaire urgent et les opérations de secours.

6- l’engagement des Nations-Unies à mettre en œuvre l’accord d’armistice signé par le Liban et Israël en 1949.

7- la communauté internationale s’engage à soutenir le Liban à tous les niveaux et à l’aider à supporter l’immense fardeau résultant de la tragédie humaine, sociale et économique qui l’a frappé.

Tell me who are the real terrorists ?

 

Saturday, August 05, 2006


Tell me who are the real terrorists ?



Dans un entretien à paraître dimanche 6 août à un journal allemand, le premier ministre israélien Ehud Olmert n’exclue pas que Tsahal tente de liquider Hassan Nasrallah."Les règles de comportement normales" à observer dans un conflit avec un ennemi ne sont pas valables dans le cas du Hezbollah, fait valoir le Premier ministre dans le journal Welt am Sonntag.
Depuis le debut de la guerre, le 12 juillet, Israel n’utilise, de toute maniere, pas les ’regles de comportement normal’ prevues par les conventions de Geneve: -bombardements de civils; -non respect des convois humanitaires; -bombardement d’ambulances; -utilisation de bombes au phosphore et a fragmentation interdites par les conventions de Geneve; -bombardements de casques bleus; etc. Mr Olmert prouve qu’il est un terroriste et un fasciste.
Qu’enseignerons nous a nos enfants si le leader d’un Etat democratique ne respecte pas le droit international ? Quelle valeur transmettre si un peuple qui se dit heritier de la Shoa, pratique a son tour l’extermination systematique sur des bases ethnico-politiques ?
Mort au terrorisme et aux criminels de guerre. Vive le Hezbollah, resistance libanaise qui donne dignite au pays et parti politique parmi d’autres sur la scene libanaise. Vive le Liban.

 

Encore une question de temps hélas….Mais Israël a déjà perdu la guerre….

A l’heure d’un nouveau massacre délibéré et gratuit d’Israël au Liban ou 26 ouvriers agricoles qui déjeunaient, ont été tués par un bombardement, près de la frontière syrienne, il n’y a plus qu’une seule lecture.
Comme les pré-délinquants avec qui nous avons, autrefois, travaillé en France, Israël cherche aujourd’hui à provoquer l’autorité, en l’occurrence, la communauté internationale pour que celle-ci exerce son rôle de père. Souvent, en flirtant avec la délinquance, certains jeunes attendent inconsciemment que la société ou la police ne remplacent leur père défaillant. Dans l’intervalle, le temps qu’américains et français notamment, se mettent d’accord, d’autres massacres sont hélas à prévoir d’autant qu’en agissant ainsi, en infligeant de nouvelles destructions gratuites au Liban comme les ponts détruits à Jounieh ce vendredi, Israël espère faire valoir l’urgence d’un déploiement international avant même le cessez-le-feu comme le préconisent les américains. Or un tel souhait est un aveu de faiblesse, le rêve que la force internationale se substitue a son armée. Tous les experts reconnaissent aujourd’hui qu’après trois semaines de bombardements intensifs, l’arsenal du Hezbollah n’est pas altéré. D’ailleurs, alors que Mr Olmert annonçait, il y a deux jours, que l’arsenal du Hezbollah était détruit à 80%, la journée de Jeudi a contredit ses espérances. Près de 200 roquettes ont été tirées sur le Nord d’Israël. Et ce Vendredi, on en a dénombrée au moins 130. Mr Olmert a menti à son peuple, par excès d’ambition sans doute. Tsahal n’aura pas atteint ses objectifs et il est temps pour l’armée israélienne de se sortir du bourbier et pour l’Etat Hébreu, de régler, enfin, ses différends avec le Liban. Israël est, en effet, responsable de la situation actuelle que son retrait décidé unilatéralement en 2000 sans libérer tous les prisonniers et sans clarifier le statut des fermes de Chebaa a contribué à laisser pourrir. Pour autant, aucun Etat de la région, pas même le Liban, n’a intérêt à ce que l’armée israélienne sorte et paraisse trop affaiblie a l’issue du conflit avec le Hezbollah. Il en va de l’équilibre entre quelques unes des puissances en rivalité : Arabie saoudite, Iran, Syrie…. Il n’en demeure pas moins qu’en annonçant qu’il leur faudrait encore au moins deux semaines voire un mois pour atteindre leurs objectifs, les responsables de l’Etat-major qui savent qu’ils n’auront plus ce délai, reconnaissent a demi-mot, leur échec. Condolezza Rice a, en effet, annoncé que le cessez-le-feu devait intervenir dans « quelques jours, pas des semaines ». Les diplomates américains y travaillent enfin. Si l’accord politique est conclu, le Hezbollah pourra se plier à la résolution 1559 tout en sortant avec les honneurs. Comme l’annoncent ses responsables, notamment le Ministre du travail libanais, Mr Trad HAMADE (Le Figaro du 3 août), « les armes du Hezbollah ne sont pas sacrées ». Si le territoire libanais n’est plus sujet à incursions étrangères, si les prisonniers libanais détenus par l’Etat hébreu sont libérés et Chebaa rendu par Israël (au moins à l’ONU), alors, la résistance n’aura plus lieu d’être. Et Olmert pourra y voir le fruit de son opération militaire. Nul ne pourra le blâmer de cette position importante pour la stabilité interne de son pays. Le Hezbollah redeviendra un parti politique de la scène libanaise comme un autre même si, pour la rue arabe, Sayed Hassan Nasrallah sera devenue une figure emblématique. On aurait certes pu en arriver au même résultat sans cette sale guerre mais, si l’issue est conforme à ce que nous en écrivons, celle-ci aura sans doute accéléré le processus et simplifié la tache du Hezbollah. Sayed Hassan Nasrallah ne cesse-t-il pas de répéter : « C’est notre guerre. » ? Cela sonne comme un point final. Alors peut-être, à défaut de l’inconcevable nouveau Moyen-Orient conçu par les idéologues américains, la paix fleurira entre le Liban et Israël. Contrant l’unilatéralisme israélien et les velléités guerrières de son impétueux voisin, la résistance libanaise du Hezbollah y aura grandement contribuée. Une sortie de crise ‘gagnant-gagnant’ est donc possible et souhaitable. Une paix durable et sans rancoeurs suppose toutefois qu’Israël reconnaisse ses crimes de guerre et dédommage, de gré ou de force, le Liban. Sur ces points, l’attitude de la communauté internationale dans les prochaines heures sera déterminante d’autant que l’unilatéralisme israélien se poursuit et est tout aussi condamnable dans les territoires palestiniens. On découvrira alors quelles sont les véritables intentions des Etats-Unis pour le Moyen-Orient et jusqu’où Israël et le Liban leur auront servi d’instruments malheureux.

Dr Thierry LEVY-TADJINE
Maître de Conférences au Centre Universitaire
de Technologie Franco-Libanais.
Liban, le 4 Aout 2006.

Idéologie totalitaire ou démocratie au Moyen-Orient ?

Tandis que, dans un rapport rendu public ce matin aux Etats-Unis, Human Rights Watch (HRW) atteste que Tsahal est coupable de « crimes de guerre» en prouvant que «le déroulement des attaques dans plus de 20 cas étudiés montre que les défaillances ne peuvent pas être imputées à de simples accidents, ni liées à des pratiques injustifiées du Hezbollah », Israël poursuit sans scrupules ses exactions. Beyrouth-Sud a encore été bombardée dans la nuit. Et ce matin, ce sont encore des innocents (quatre civils) qui sont morts gratuitement tandis que Tsahal bombardait des ponts dans des régions jusqu’alors relativement épargnées, autour de Jounieh. Ils viennent s’ajouter a une liste déjà trop longue, fruit de la lâcheté américaine et israélienne qui cherche a imposer par la force, un nouveau Moyen-Orient sans tenir compte de l’intégrité de l’Etat libanais et des expressions démocratiques des peuples. Ce qui se passe au Liban et a Gaza au nom de la lutte contre ‘les forces de l’axe du mal’ est une guerre totalitaire qui risque de ruiner les bases de la démocratie au Moyen-Orient. Pour ces raisons, sans excuser les morts de civils israéliens par des tirs de roquette aveugles, on ne peut qu’approuver la résistance du Hezbollah pour défendre la dignité d’un peuple et d’un pays. La guerre engagée par l’Etat hébreu au nom de la lutte contre le terrorisme, le génère au contraire. Israël se comporte en terroriste. Un tiers des victimes civiles libanaises sont des enfants de moins de douze ans. Et au Liban Sud, ceux qui étaient les plus modérés, opposants du Hezbollah, commencent aujourd’hui à se ranger derrière Sayed Hassan Nasrallah qui, à la différence, de Tsahal, donne des réponses militaires mesurées et graduées aux agressions du pays des Cèdres. L’enjeu, pour la communauté internationale, est d’offrir, enfin s’il n’est pas trop tard, une troisième voie possible entre l’idéologie de l’axe du mal et une idéologie de la désespérance contre le totalitarisme précèdent. Cette troisième voie passe obligatoirement par un cessez-le feu immédiat et par un règlement politique des différends israélo-libanais et israélo-palestiniens avant tout envoi d’une force internationale faute de quoi, cette dernière serait considérée comme une force d’occupation pro-israelienne servant, de ce fait, la construction d’un « Nouveau Moyen-Orient » dont les populations locales ne veulent pas. Sans cette troisième voie, comment enseigner la démocratie à nos enfants au Liban ?

Dr Thierry LEVY-TADJINE, français résidant au Liban,
Maître de Conférences au Centre Universitaire
de Technologie Franco-Libanais

Liban, le 4 aout 2006.

Ruines et gravats

Avec une étudiante, Lena, et sa famille dont la maison a été détruite, nous avons pénétré la banlieue Sud de Beyrouth, à Haret-El-Hreik. Cela suppose au préalable, une autorisation du Hezbollah dont les agents de sécurité, certains en treillis avec kalachnikov, d’autres patrouillant en scooter, contrôlent très efficacement l’accès pour limiter les risques de pillage.
Une fois entré dans le quartier silencieux, on est saisi par l’immensité des destructions. C’est comme si on avait voulu rayer tout un quartier de la carte. Les amas de gravats se succèdent mais, sans être expert en armement, on voit aussi qu’Israël a du tester des bombes d’un genre nouveau. Certains immeubles semblent perforés et on découvre un profond cratère en leur centre sans que le reste de l’immeuble ne se soit effondré sur le cratère. L’immeuble de 4 étages où habitait Lena, touché, semble-t-il par des bombes traditionnelles, n’est plus que gravats empilés. En fouillant les décombres, la famille retrouve miraculeusement un beau vase intact, des chocolats, quelques paires de chaussures, un peu de vaisselle….. Les livres de Lena restent inaccessibles et peut être totalement détruits. Comme le dit le père, “ à présent, on a perdu toutes les photos des enfants, les souvenirs, la robe de mariée de ma femme. Tout a été efface d’un coup. C’est comme si notre vie commençait de zéro aujourd’hui.” Son immeuble a été ciblé par Tsahal car, semble-t-il, il abritait au premier étage, un centre culturel de la municipalité pro-Hezbollah. Dans l’immeuble voisin, un homme, le seul à être revenu habiter dans ce désert. Comme tous les habitants, il a fui avec sa famille, dés le premier jour des frappes. Puis lorsque les bombardements se sont calmés, n’ayant rien à faire à la montagne, il a décidé de revenir, seul. Il n’a ni eau, ni électricité. Tout est détruit. Un responsable de la municipalité qui nous avait donné l’autorisation d’entrer dans le périmètre sécurisé et martyrisé disait avec humour, comme pour surmonter sa colère: “Nous, on souhaitait rénover le quartier. Israël nous a filé un sacré coup de main. Ils ont tout rasé. Nos ingénieurs travaillent déjà sur de nouveaux plans.”. Bref, malgré l’horreur absolue, on sent l’espoir et la rage de vivre pointer. Ce sont eux qui poussent aujourd’hui, une partie des “sudistes” dont l’habitation n’a pas été détruite à quitter le Nord ou la montagne où ils s’étaient réfugiés pour regagner leurs villes et leurs villages si tant est que ceux-ci soient situés au Nord du Litani. Ceux qui demeurent au sud du Litani sont au contraire et plus que jamais poussés à l’exil par les menaces israéliennes. Le sérieux de la menace est accrédité par l’odieux massacre de Kana dimanche dernier. Abandonnée à la folie de Tsahal, Kana, meurtrie, est aujourd’hui une ville déserte, signe silencieux d’un inconscient collectif libanais et israélien qui fait de cette ville, la ville martyr par excellence. Le choc du massacre de Kana est, en effet, d’autant plus grand, qu’il rappelle celui commis par Israël au même endroit en 1996. 105 civils avaient trouvé la mort tandis que par son opération militaire, un nouveau premier ministre, Shimon Perez, tentait alors d’affirmer son autorité. L’histoire semble se répéter avec encore plus d’horreurs…. Et la communauté internationale, être toujours aussi impuissante…. Ces temps-ci, à Kana et au Sud-Liban, il n’y a plus de miracles….Seule, la résistance du Hezbollah permet d’espérer un autre ordre que ‘le nouveau Moyen-Orient’ prôné par les Etats-Unis et par son allié israélien contre les peuples et contre le droit international. Le pire, c’est qu’il se passe la même chose dans la bande de Gaza contre des palestiniens qui, eux, n’ont pas les moyens du Hezbollah pour défendre leur dignité.

Dr Thierry LEVY-TADJINE
Maître de Conférences au Centre Universitaire
de Technologie Franco-Libanais.
Liban, le 1er Aout 2006

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